L' Afrique sous l' emprise du néocolonialisme
Introduction
À l’orée des années 1960, un vent de liberté souffle sur l’Afrique. Plusieurs colonies accèdent à l’indépendance après de longues luttes, parfois pacifiques, parfois violentes. Pourtant, derrière cette apparente autonomie, une autre réalité se dessine : les anciennes puissances coloniales, notamment la France, le Royaume-Uni, le Portugal ou encore la Belgique, n’ont jamais réellement renoncé à leur mainmise sur le continent. Sous la pression internationale et des mouvements nationalistes, elles ont préféré confier le pouvoir à des élites souvent formées en métropole, acquises à leurs intérêts, en écartant les véritables figures du nationalisme.
Cette indépendance de façade a ouvert la voie à une nouvelle forme de domination : le néocolonialisme, un système où les anciennes métropoles continuent d’exercer une influence politique, économique, militaire et culturelle sur leurs anciennes colonies, sous le masque de la liberté. Les États africains, nouvellement indépendants, manquaient souvent d’élites véritablement préparées à gouverner, rendant ainsi leur souveraineté vulnérable aux manipulations extérieures.
I- Les instruments du néocolonialisme
Les anciennes puissances coloniales ont mis en place des mécanismes sophistiqués pour maintenir leur influence :
1- Les accords de coopération
Signés dès les indépendances dans le cadre de la Communauté franco-africaine, ces accords touchaient les domaines militaire, monétaire, économique, diplomatique et culturel. En réalité, ils garantissaient à la France (ou au Royaume-Uni pour le Commonwealth) des avantages stratégiques : bases militaires, accès privilégié aux matières premières, formation des cadres, etc. Ces accords étaient souvent signés dans un déséquilibre total, au profit de la métropole.
2- Les institutions et réseaux d’influence
La Francophonie (créée en 1970) et le Commonwealth sont présentés comme des espaces de coopération linguistique et culturelle. En réalité, ils servent aussi de leviers d’influence politique, économique et diplomatique des anciennes puissances coloniales.
Le Club de Paris, le Club de Londres, et le Club de Rome regroupent des bailleurs de fonds publics ou privés qui négocient la dette des pays africains, souvent selon des conditions qui renforcent leur dépendance.
3- La monnaie
En Afrique francophone, le franc CFA, créé à l’époque coloniale, continue d’être utilisé. Imprimé en France, géré depuis Paris, cette monnaie lie économiquement les pays membres à la France, limitant leur souveraineté monétaire et budgétaire.
II- Les manifestations du néocolonialisme
Le néocolonialisme ne se limite pas aux accords : il se manifeste par des actions concrètes de contrôle et de domination, souvent au détriment du peuple africain.
1- Les coups d’État téléguidés
Les anciennes puissances ont souvent été impliquées dans le renversement des dirigeants africains trop indépendants :
Sylvanus Olympio au Togo (assassiné en 1963),
Modibo Keïta au Mali (renversé en 1968),
Patrice Lumumba au Congo belge (assassiné en 1961 avec la complicité belge),
Thomas Sankara au Burkina Faso (assassiné en 1987).
2- Le soutien aux dictatures
De nombreux régimes autoritaires ont été tolérés, voire soutenus, tant qu’ils garantissaient les intérêts occidentaux. C'est le cas de Mobutu Sese Seko au Zaïre.
3- Les modèles politiques copiés
Des Constitutions entières ont été calquées sur celles des anciennes métropoles, sans réelle adaptation aux réalités locales. Exemple : le régime semi-présidentiel du Cameroun inspiré du modèle français.
4- Les programmes économiques imposés
Dans les années 1980, face à la dette, le FMI et la Banque mondiale imposent aux pays africains les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS). L' objectif est de libéraliser l’économie, privatiser les services publics, réduire les dépenses sociales. Le résultat est chaotique : hausse de la pauvreté, chômage, recul des services de base.
5- L’acculturation et les médias
Les langues officielles restent les langues des anciens colonisateurs : français, anglais, portugais, espagnol… Les médias internationaux comme RFI, BBC, France 24, les chaînes Canal+, sont omniprésents et influencent les opinions africaines.
6- Les guerres civiles et les éléphants blancs
Les divisions ethniques entretenues depuis la colonisation, l’armement massif, l’interventionnisme international ont nourri des conflits meurtriers (Rwanda, RDC, Côte d’Ivoire…). Parallèlement, les projets dits « éléphants blancs » (grands projets inutiles financés à crédit) ont endetté inutilement les États africains.
III- La réaction des Africains face au néocolonialisme
Face à cette nouvelle domination, les Africains ont tenté de s’organiser pour défendre leur souveraineté et leur dignité.
1- Le panafricanisme
Inspiré par des figures noires comme Marcus Garvey, William DuBois, George Padmore, le panafricanisme devient une idéologie d’unité et de solidarité. En 1963, à Addis-Abeba, est fondée l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Kwame Nkrumah affirmait que l'indépendance du Ghana n' aurait pas de valeur su toute l' Afrique n' était pas libéré. Il insistait sur la nécessité de l' Union des africains pour faire face au néocolonialisme.
2- Les leaders de rupture
Certains dirigeants ont osé défier l’ordre néocolonial. Il s'agit de :
Sékou Touré qui sort du franc CFA et imprime le francs guinéen, rompt les accords diplomatiques avec la France,
Kwame Nkrumah qui prône l’unité politique et économique du continent,
Thomas Sankara qui refuse les aides conditionnées et défend l’autosuffisance du Burkina Faso,
Mouammar Kadhafi qui défend l’idée d’un gouvernement fédéral africain.
3- Les regroupements régionaux et la coopération Sud-Sud
Des organisations sous-régionales voient le jour : CEDEAO, CEEAC, SADC, etc. Une nouvelle diplomatie émerge, tournée vers la Chine, le Brésil, l’Inde, la Russie, rompant avec le monopole occidental.
Conclusion
Le néocolonialisme est une domination masquée, subtile, mais tout aussi réelle que celle de la période coloniale. Il prive les États africains d’une réelle souveraineté et perpétue une dépendance multiforme. Toutefois, l’Afrique ne reste pas passive. Elle tente de s’organiser, de résister, de se réinventer. L’avenir du continent dépendra de sa capacité à s’unir, à valoriser ses ressources et à choisir librement ses partenaires.
Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :
1- Le néocolonialisme désigne :
A. L’occupation militaire directe des anciennes colonies.
B. La domination d’un pays par un autre à travers une relation d’égal à égal.
C. La poursuite de la domination coloniale sous une forme indirecte et déguisée.
D. Une coopération désintéressée entre les pays du Nord et ceux du Sud.
2- Parmi les instruments du néocolonialisme figurent :
A. Le panafricanisme et les monnaies nationales.
B. Les accords de coopération, le franc CFA et la Francophonie.
C. Les mouvements indépendantistes et les unions syndicales.
D. La décolonisation immédiate et sans conditions.
3- Le franc CFA est une monnaie :
A. Créée par les Africains pour favoriser l’unité économique du continent.
B. Utilisée dans les anciennes colonies portugaises.
C. Jugée coloniale, imprimée en France et liée à la Banque de France.
D. Émise par la Banque africaine de développement.
4- La Francophonie et le Commonwealth sont :
A. Des partis politiques africains.
B. Des organisations panafricaines.
C. Des réseaux d’influence des anciennes métropoles sur leurs ex-colonies.
D. Des institutions financières d’Afrique.
5- Les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) ont été imposés par :
A. L’OUA et l’Union Africaine.
B. Les États africains eux-mêmes.
C. Les institutions de Bretton Woods.
D. Les mouvements panafricains.
6- L’un des dirigeants africains éliminés avec la complicité des anciennes métropoles est :
A. Nelson Mandela
B. Modibo Keita
C. Léopold Sédar Senghor
D. Haile Selassie
7- Les pays occidentaux ont soutenu certaines dictatures africaines, comme celle de :
A. Nelson Mandela en Afrique du Sud
B. Mobutu Sese Seko au Zaïre
C. Jerry Rawlings au Ghana
D. Samora Machel au Mozambique
8- Le panafricanisme vise principalement :
A. La soumission de l’Afrique aux puissances étrangères.
B. L’unité et l’indépendance politique de l’Afrique.
C. L’intensification des relations avec l’Europe.
D. Le développement du tourisme en Afrique.
9- En 1963, l’Organisation de l’Unité Africaine a été fondée à :
A. Lagos
B. Accra
C. Addis-Abeba
D. Abidjan
10- Un exemple de coopération Sud-Sud privilégiée par les États africains est :
A. Le partenariat avec la France
B. La coopération avec l’Inde, la Chine ou le Brésil
C. La signature des accords de Lomé
D. L’aide publique au développement de l’Union Européenne
Réponses aux questions :
1- C
2- B
3- C
4- C
5- C
6- B
7- B
8- B
9- C
10- B

