L' indépendance de la Guinée Conakry
Introduction
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les colonies africaines connaissent une montée en puissance des mouvements nationalistes. En Afrique occidentale française (AOF), la Guinée Conakry est le premier territoire à proclamer son indépendance, en 1958. Ce choix audacieux est porté par une personnalité politique charismatique : Ahmed Sékou Touré. Refusant le projet de Communauté proposé par De Gaulle, la Guinée devient le symbole du rejet de la domination coloniale française en Afrique.
I- Les mouvements nationalistes en Guinée Conakry
1- Une conscience politique anticoloniale en éveil
Après 1945, la Guinée connaît une transformation socio-politique majeure. Conakry, capitale et port stratégique de l’AOF, devient un centre de bouillonnement politique et syndical. L’emploi croissant dans les ports, les chemins de fer et l’administration permet l’émergence d’une classe ouvrière consciente de ses droits.
Les travailleurs, de plus en plus organisés, forment des syndicats comme l’Union Générale des Travailleurs d’Afrique Noire (UGTAN). Ces structures deviennent des foyers de contestation de la domination coloniale.
2- Le rôle déterminant d’Ahmed Sékou Touré
Né en 1922, Ahmed Sékou Touré, arrière-petit-fils du résistant Samory Touré, devient une figure centrale du nationalisme guinéen. Syndicaliste convaincu, il dirige l’UGTAN, qu’il utilise comme tremplin politique. Avec l’adoption de la constitution française de 1946, les colonies peuvent désormais créer des partis politiques. Touré cofonde alors le Parti Démocratique de Guinée (PDG), section guinéenne du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), un mouvement panafricain progressiste.
En 1956, Sékou Touré est élu député à l’Assemblée nationale française et maire de Conakry. Il critique modérément la politique coloniale, mais réclame surtout plus de représentativité pour les Africains dans l' administration et les assemblées locales de métropolitaines.
II- La marche vers l’indépendance
1- Une rupture provoquée par la politique française
Initialement, Sékou Touré ne revendique pas directement l’indépendance. Il soutient plutôt un projet de fédéralisme, unissant la France et ses colonies sur un pied d’égalité. Seule l' UPC du Cameroun revendique ouvertement l' indépendance en Afrique noire française.
Mais en 1958, le retour au pouvoir de Charles De Gaulle change la donne avec Sékou Touré. Le président français propose une Communauté franco-africaine, une forme de partenariat où les colonies resteraient liées à la France mais avec une autonomie relative.
Le général entreprend une tournée pour convaincre les colonies d’adhérer à ce projet. En août 1958, il arrive à Conakry.
2- Le “Non” de la Guinée et ses conséquences
Le 28 septembre 1958, un référendum est organisé dans les colonies. Deux choix s’offrent à elles : accepter la Communauté ou choisir l’indépendance immédiate. La Guinée est la seule colonie à voter NON à 95%, sous l’impulsion de Sékou Touré, qui déclare à De Gaulle : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage. »
Le 2 octobre 1958, la Guinée devient indépendante, avec Ahmed Sékou Touré comme président. En réaction, la France quitte brutalement le pays, démantèle les infrastructures, retire ses cadres techniques et même coupe les câbles téléphoniques et les fils électriques.
De Gaulle, furieux, promet que la Guinée va sombrer dans le chaos et regretter son choix. Pourtant, Touré noue rapidement des relations diplomatiques et économiques avec des pays comme la Chine, l’URSS, l’Égypte, le Ghana, amorçant un développement national.
3- La fin du projet de Communauté franco-africaine
L’indépendance guinéenne a un effet boule de neige : elle renforce la pression des autres colonies d’Afrique, d’autant plus que la France est confrontée à des guerres de décolonisation sanglantes au Cameroun et en Algérie). En 1960, De Gaulle abandonne son projet de Communauté, préférant accorder les indépendances sous contrôle français.
4- L’hostilité française et la radicalisation du régime
Considérant Sékou Touré comme responsable de l’échec de la Communauté, la France tente plusieurs sabotages et déstabilisations : attentats, tentatives de coup d’État, inondation du marché guinéen avec une fausse monnaie imprimée à Paris pour provoquer une crise économique.
Face à ces menaces, Sékou Touré durcit son régime, instaure une dictature à parti unique (PDG), réprime violemment toute opposition, justifiant cela par une vigilance nécessaire contre les complots français.
Conclusion
La Guinée Conakry est un symbole fort de la lutte anticoloniale en Afrique. En refusant de se plier à la politique de la France, elle montre la voie de l’indépendance aux autres colonies. Mais cette indépendance a un coût : isolement, sabotage, pressions internationales. Ahmed Sékou Touré, en héros de la liberté, finira par incarner aussi la dérive autoritaire, illustrant les défis complexes des indépendances africaines.
Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :
1- Quelle organisation syndicale a joué un rôle central dans l’éveil politique guinéen ?
A. CGT
B. RDA
C. UGTAN
D. FEANF
2- Quel poste Sékou Touré occupe-t-il en 1956 ?
A. Gouverneur de la Guinée
B. Député à l’Assemblée nationale française
C. Ministre des colonies
D. Haut-commissaire de l’AOF
3- Quel projet politique Charles De Gaulle propose-t-il en 1958 ?
A. L’indépendance immédiate
B. Le fédéralisme africain
C. L’Union européenne
D. La Communauté franco-africaine
4- Quelle fut la position de la Guinée lors du référendum du 28 septembre 1958 ?
A. Oui à 80%
B. Non à 95%
C. Abstention massive
D. Boycott du scrutin
5- Quelle conséquence a suivi immédiatement le refus de la Communauté par la Guinée ?
A. La France renforce ses aides
B. La Guinée rejoint le Commonwealth
C. La France quitte brutalement la Guinée
D. La Guinée est annexée par le Ghana
6- Pourquoi Sékou Touré a-t-il radicalisé son régime après 1958 ?
A. Pour instaurer le communisme
B. Pour se protéger contre les complots français
C. Pour imiter l’URSS
D. À cause d’une guerre civile
Réponses aux questions :
1- C
2- B
3- D
4- B
5- C
6- B

