Epreuve Correction Orthographique 4ème 2

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Un souvenir inoubliable

J'étais enfant et je jouais prèt de la case de mon père. Quel âge avait-je en ce temps-là? Je ne me rappelle pas exactement. Je devais être très jeûne encore: cinq ans, six ans peut-être. Ma mère était dans l'atelier, près de mon père, et leurs voix me parvenait, rassurantes, tranquilles, mêlés à celles des clients de la forge et au bruit de l'enclume. Brusquement, j'avais interompu de jouer, l'attention, toute mon atention, capté par un serpant qui rampait autour de la case, qui vraiment paraissait se promener autour de la case; et je m'étais bientôt rapproché. J'avais ramassé un roseau qui traînait dans la Cour – il en traînait toujours, qui se détachaient de la palissade de roseaux tressés qui enclôt notre concession – et, à présent, j'enfonçais ce roseau dans la gueule de la bête. Le serpent ne se dérobait pas: il prenait goût au jeu; il avalait lantement le roseau, il l'avalait comme une proie, avec la même volupté, me semblait-il, les yeux brillants de bonheur, et sa tête, petit à petit, se rapprochait de ma main. Il vint un moment où le roseau se trouva à peu près englouti, et où la gueule du serpent se trouva terriblement proche de mes doigts. Je riais, je n'avais pas peur du tout, et je crois bien que le serpent n'eût plus beaucou  tardé à m'enfoncer ses crochets dans les doigts si, à l'instant, Damany, l'un des apprentis, ne fût sorti de l'atelier. L'apprenti fit signe à mon père, et presque aussitôt je me sentis soulevé de la terre: j'étais dans les bras d'un ami de mon père! autour de moi, on menait grand bruit; ma mère surtout criait fort et elle me donna quelques claques. Je me mis à pleurer, plus ému par le tumulte qui s'était si opinément levé, que par les claques que j'avais reçus. un peu plus tard, quand je me fus un peu calmé et qu'autour de moi les cris eurent un peu cessé, j'entendis ma mère m'avertir sévèrement de ne plus jamais recomencer un tel jeu; je le lui promis, bien que le danger de mon jeu ne m'apparût pas clairement.

Camara Laye, L’enfant noir, Librairie Plon.