La conscience : type, caractéristiques, valeur et limites
Introduction
La conscience renvoie au moi, c’est-à-dire à la connaissance que nous avons de notre monde intérieur (pensées, émotions, désirs) et de notre monde extérieur (objets, personnes, situations). Elle est à la fois un processus intellectuel et moral. Son étude permet de mieux saisir la condition humaine car elle est ce par quoi l’homme se connaît, se juge et oriente ses actions.
I- Les types de conscience
1- La conscience morale
La conscience morale est la capacité de distinguer le bien du mal et de se sentir responsable de ses actes. Jean-Jacques Rousseau la considère comme une lumière innée, une voix intérieure d’origine divine. Il affirme : « La conscience est la voix de l’âme ; les passions sont la voix du corps. » Pour Rousseau, cette conscience ne se trompe jamais : elle juge nos actes et nous pousse à regretter le mal que nous avons fait. Lorsque nous commettons un acte immoral et que nous ressentons un remords, c’est la conscience morale qui nous parle : cette « petite voix » intérieure nous oriente vers le bien.
2- La conscience réfléchie ou perceptive
La conscience réfléchie est la connaissance que nous avons du monde extérieur. Elle repose sur la perception : voir, toucher, entendre. Par exemple, nous savons que nous sommes dans une salle de classe parce que nous percevons des murs, des tables, des élèves. Elle a pour objet le monde extérieur, accessible par les sens. Cette forme de conscience constitue la base de la représentation du réel et de la vie pratique.
3- La conscience réflexive
La conscience réflexive est la connaissance que nous avons de nous-mêmes : savoir que nous pensons, voulons, rêvons. Elle permet l’introspection, de nous retourner sur nous-mêmes. C’est une conscience qui porte non sur le monde, mais sur la conscience elle-même. C’est elle qui permet l’analyse intérieure, l’auto-examen et la réflexion sur nos propres mécanismes psychologiques.
II- Les caractéristiques de la conscience
1- L'infaillibilité (selon Rousseau et Descartes)
Pour Rousseau, la conscience morale est infaillible : elle ne trompe jamais et ne peut être trompée. Il écrit : « Conscience ! Conscience ! Instinct divin, juge infaillible du bien et du mal. » Pour Descartes, la conscience a pour caractéristique essentielle la pensée. Elle est capable, grâce à la pensée, d’atteindre des vérités certaines. Son célèbre cogito : « Je pense, donc je suis » montre que l’acte de penser est la preuve irréfutable de l’existence du sujet. Descartes estime que la pensée, c’est-à-dire la conscience, est l’attribut le plus certain de l’homme. C'est la condition d'existence de l' homme.
2- La phénoménologie
La phénoménologie insiste sur le rôle des phénomènes extérieurs dans la formation de la conscience.
a- Russell et le monde extérieur
Pour Bertrand Russell, c’est le monde extérieur qui rend la connaissance possible. Nous ne pouvons connaître que ce que nous avons déjà perçu. Par exemple, un aveugle de naissance ne peut connaître les couleurs. D’où sa formule : « Toute conscience est conscience de quelque chose. » La conscience dépend donc du corps humain et du monde extérieur : il n’existe pas de conscience désincarnée (sans le corps humain).
b- Karl Marx et le matérialisme
Pour Karl Marx, la conscience n’est pas infaillible : elle est conditionnée par les réalités matérielles. Les conditions d’existence façonnent la manière de penser. Le riche et le pauvre n’ont pas la même conscience du monde car leurs vies ne sont pas les mêmes. Marx affirme : « Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. » Ainsi, la conscience est un produit social et historique, influencé par la classe sociale, les rapports économiques et les expériences vécues.
III- Valeur de la conscience
La conscience confère à l’être humain sa dignité : elle lui permet de se connaître, de juger et de choisir.
1- Se connaître soi-même et connaître le monde
La conscience est ce qui permet à l’homme de se percevoir comme un sujet pensant. Elle est la condition de la connaissance du monde et de soi. Sans elle, il n’y aurait ni réflexion, ni compréhension, ni rapport conscient à l’environnement.
2- Liberté et choix
La conscience est la source de la liberté : c’est parce que l’homme connaît qu’il agit qu’il peut choisir son action. Sans conscience, l’homme serait régi seulement par ses instincts. Il serait comme un animal. Descartes voit dans la conscience rationnelle une voie vers la liberté véritable. Jean-Paul Sartre déclare : « L’homme est condamné à être libre. » Cela signifie que, par la conscience, l’homme est toujours responsable de ses choix, même lorsqu’il prétend ne pas choisir.
3- La responsabilité morale
La conscience permet de juger moralement nos actions. C’est elle qui fonde la responsabilité. Pour Rousseau, elle est un guide sûr qui nous pousse vers le bien. Victor Hugo écrit : « La conscience ne s’endort jamais ; c’est l’invisible sentinelle qui veille. » Ainsi, la conscience morale est indispensable à la vie sociale et à la cohérence de nos actes.
IV- Limites de la conscience
1- Illusion et tromperie : la critique freudienne
Contrairement à Descartes, Freud montre que la conscience n’est pas toute-puissante. Nos pensées conscientes sont influencées par un inconscient profond, fait de désirs refoulés et de traumatismes. Il écrit : « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison. » La conscience peut donc se tromper sur elle-même et ignorer les véritables causes de nos actes.
2- Fragmentation
La conscience peut être instable, déchirée entre désirs contradictoires, obligations morales ou pressions sociales. Les moments de trouble, de folie ou d’égarement montrent qu’elle n’est pas toujours claire ni unifiée.
3- Incertitude morale
La conscience morale peut être influencée par l’éducation, la culture, la religion, ou les normes sociales. Ce qui semble bien pour l’un peut sembler mal pour un autre. L’infaillibilité prônée par Rousseau se heurte donc à la diversité des valeurs et des jugements humains.
Conclusion
La conscience est essentielle à la vie humaine : elle permet de connaître le monde, de se connaître soi-même, de choisir librement et de juger moralement nos actes. Elle est au centre de notre autonomie et de notre responsabilité.
Cependant, les analyses de Marx et Freud montrent que la conscience n’est ni parfaitement libre, ni totalement lucide : elle est influencée par nos conditions sociales et par notre inconscient. Malgré ces limites, elle demeure l’outil fondamental qui distingue l’homme des autres êtres vivants et lui permet de donner un sens à sa vie.
Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :
1- La conscience morale permet :
A. De percevoir les objets extérieurs
B. De distinguer le bien du mal
C. De mémoriser les événements passés
D. De rêver
2- Pour Rousseau, la conscience morale est :
A. Une illusion
B. Une construction sociale
C. Une voix intérieure infaillible
D. Une sensation physique
3- Quand nous regrettons une faute commise, c’est l’action de :
A. La conscience réfléchie
B. L’imagination
C. La conscience morale
D. La conscience réflexive
4- La conscience réfléchie a pour objet :
A. Le monde extérieur
B. Le monde intérieur
C. Les émotions humaines
D. Les désirs inconscients
5- Voir des personnes marcher dans la rue relève de :
A. La conscience réflexive
B. La conscience morale
C. La conscience réfléchie
D. L’inconscient
6- La conscience réflexive est :
A. La connaissance du monde matériel
B. La connaissance que le moi a de lui-même
C. La capacité à juger moralement
D. Une forme d’imagination
7- Pour Descartes, la caractéristique essentielle de la conscience est :
A. L’imagination
B. La pensée
C. Le doute
D. Le langage
8- « Je pense, donc je suis » exprime :
A. L’importance du corps
B. L’idée que la pensée prouve l’existence
C. Le rôle du monde extérieur
D. L’importance des émotions
9- Pour Rousseau, la conscience morale est :
A. Trompeuse
B. Infaillible
C. Un produit social
D. Illusoire
10- Pour Russell, la connaissance vient principalement de :
A. L’imagination
B. La perception du monde extérieur
C. La raison pure
D. La mémoire
11- L’affirmation « Toute conscience est conscience de quelque chose » signifie que :
A. La conscience dépend du monde extérieur
B. La conscience existe seule
C. La conscience est imaginaire
D. La conscience ne connaît que l’inconscient
12- Pour Marx, la conscience est déterminée par :
A. Dieu
B. Les conditions matérielles de l’existence
C. La volonté individuelle
D. Le hasard
13- Selon Marx, le riche et le pauvre :
A. Ont la même conscience
B. Ont des consciences différentes à cause de leurs conditions de vie
C. Ne peuvent pas avoir une conscience
D. Ne sont pas influencés par leur environnement
14- La conscience permet d'abord à l’être humain :
A. De se connaître et de connaître le monde
B. De vivre sans réfléchir
C. De supprimer ses émotions
D. D’éviter toute erreur
15- La conscience est la condition de la liberté car elle permet :
A. De ressentir la douleur
B. De choisir et d’agir librement
C. De vivre en société
D. De rêver
16- Pour Sartre, l’homme est :
A. Condamné à obéir
B. Condamné à être libre
C. Condamné à suivre ses instincts
D. Condamné à rêver
17- La responsabilité morale repose sur :
A. L’inconscient
B. La conscience morale
C. Les opinions populaires
D. Les lois uniquement
18- Pour Victor Hugo :
A. La conscience dort fréquemment
B. La conscience est une sentinelle invisible qui veille
C. La conscience n’existe pas
D. La conscience est le fruit du hasard
19- Pour Freud, la conscience :
A. Est toute-puissante
B. Contrôle tout
C. Est limitée par l’inconscient
D. Est supérieure à l’inconscient
20- « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison » signifie que :
A. L’homme contrôle parfaitement ses actes
B. L’inconscient influence la conscience
C. Le corps domine l’esprit
D. La conscience ne sert à rien
21- La conscience peut être fragmentée à cause :
A. Des émotions contradictoires
B. De l’absence de corps
C. De la logique mathématique
D. Du sommeil uniquement
22- L’incertitude morale est due au fait que :
A. Toutes les morales sont identiques
B. La conscience n’est jamais influencée
C. L’éducation et la culture influencent les jugements
D. Les passions n’existent pas
23- Une limite de la conscience est qu’elle peut :
A. Tout connaître immédiatement
B. Être influencée par l’inconscient et les conditions sociales
C. Être infaillible en toute situation
D. Supprimer les émotions humaines
Réponses aux questions
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4-A
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