Leçon : La première indépendance du Cameroun : De la France libre à l'ingratitude de la France

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Leçon : La première indépendance du Cameroun : De la France libre à l'ingratitude de la France 

Introduction 
Le Cameroun n'est pas seulement le premier pays d'Afrique noire à prendre les armes pour combattre son colon, c' est aussi l'un des territoires qui a le plus marqué l'histoire du monde, et plus précisément la tournure de la deuxième guerre mondiale. Le pays a eu trois indépendances. La première indépendance qui fait l'objet de cette leçon est le 27 août 1940, la seconde est le 1er janvier 1960, et la 3eme est 1er octobre 1961. La 4e est encore à venir puisque jusque là le pays n' est pas encore entièrement libre, malgré plus d'un siècle de luttes héroïques et une quantité considérable de sang versé.

I- Le contexte de proclamation de la première indépendance 

1- La défaite française face à l'Allemagne 
Le 3 septembre 1939 éclate la deuxième guerre mondiale en Europe. La France tient juste un mois devant l'Allemagne et est vaincue. Le président français, le maréchal Pétain, accepte la défaite et se range du côté de l'Allemagne. Le général De Gaulle s' enfuit en Grande Bretagne et le 18 juin 1940, il lance un appel à la résistance aux français. Mais la réponse des français est insignifiante. La France se range massivement derrière le Maréchal Pétain.

2- un général sans armées 
En Angleterre, la résistance de Charles De Gaulle se résume aux déclarations et appels à la chaîne anglaise la BBC. La résistance française se résume à un petit groupe caché en Angleterre, sans armes, ni soldats, encore moins des moyens financiers. Ce petit groupe fait l'objet de moqueries. Sur le terrain en France, il n'y a pas de véritables actions de résistance.

3- l'Afrique et la première indépendance du Cameroun 
Raillé et humilié en Angleterre, le général De Gaulle décide d'aller en Afrique. Or les administrateurs des colonies africaines suivent le peuple français et restent fidèles au maréchal Pétain. Le général De Gaulle envoie en Afrique un petit groupe de 22 hommes pour rallier les colonies françaises d'Afrique à sa rébellion. L'Afrique est sa dernière chance. Dans ce groupe nous avons le capitaine Philippe de Hauteclocque (encore appelé Leclerc), le capitaine bois Lambert, De Pleven, le commandant Parent et le capitaine Catroux. Le groupe débarque en Afrique de l'ouest. Et partout, le groupe est expulsé. Il décide, en acte de désespoir, d'arriver au Cameroun, un territoire sous mandat de la SDN, et administré par la France et l'Angleterre.

4- Arrivée à Douala et indépendance
La nuit du 26 août 1940, le groupe arrive à Douala et le 27 août, Leclerc proclame l'indépendance du Cameroun. Les camerounais font front avec le petit groupe de rebelles, ce qui facilite la prise de Yaoundé par une force camerounaise, dirigée par le groupuscule de Charles De Gaulle. Les camerounais décident d'entrer dans la deuxième guerre mondiale en soutenant le faible, qui est le général De Gaulle et son petit groupuscule. C' est donc en tant que pays libre que le Cameroun s'engage dans la seconde guerre mondiale. Les propos de Leclerc sont clairs sur l'indépendance accordée au peuple camerounais : "Ce 27 août 1940, sur le sol d'Afrique et dans un territoire français, la France, avec ses propres armes, continue la lutte et rentre dans la seconde guerre mondiale aux côtés de la Grande Bretagne et de ses alliés. Elle sera présente à l'heure de la victoire après les combats dans l'honneur. Le Cameroun reprend son indépendance politique et économique. Il adhère à la France libre. Vive la France, vive le Cameroun". Leclerc précise que la France rentre dans la seconde guerre mondiale, ce qui suppose qu'elle n' y était plus. C' est avec le peuple camerounais, et sa décision de combattre aux côtés des rebelles de De Gaulle, que l'espoir revient au niveau de la France. Le peuple camerounais a changé l'issue de la guerre en acceptant librement de soutenir le groupuscule du général rebelle De Gaulle. D'ailleurs, dès la décision camerounaise, De Gaulle, suffoquant d'enthousiasme, déclare en un ouf de soulagement : " Le Cameroun vient de prendre une belle décision." Les accords de mandat interdisaient à la France d'établir une armée au Cameroun. Donc seul un Cameroun indépendant pouvait avoir sur son sol une armée française.


II- L'impact de la première indépendance du Cameroun 

1- La véritable naissance de la France libre 
Avec l'indépendance du Cameroun et la décision du peuple camerounais de combattre du côté de la France libre, toute l'issue de la deuxième guerre mondiale change. La France libre du général De Gaulle cesse d'être une simple idée. De Gaulle n'est plus traité de général sans soldats. Il a désormais des combattants, un territoire national souverain, des moyens financiers, économiques et matériels. Le Cameroun devient le poumon économique de la France libre (or, caoutchouc, bois...) L'Afrique noire d'ailleurs portera seule le poids de la résistance française et aussi des alliés jusqu'en 1943, avant que l'Afrique du Nord n'entre en guerre. C'est en 1944 que la France sera libérée. 

2- le poids de la première indépendance du Cameroun dans l'issue de la deuxième guerre.
Avec l'indépendance et le ralliement du Cameroun, les forces libres camerounaises sous la coordination du groupuscule de De Gaulle lancent des offensives en Afrique Équatoriale Française pour libérer les colonies françaises, et constituer la vigoureuse force noire, abusivement appelée les tirailleurs. La force noire libère l'Afrique Équatoriale Française et l'Afrique Orientale Française et chasse les administrateurs coloniaux restés fidèles au président français Pétain. La rébellion occupe toutes les colonies françaises, et choisit Brazzaville comme sa capitale. Cette capitale sera transférée à Alger. Avec l'indépendance du Cameroun, la rébellion de De Gaulle peut désormais continuer la guerre. Elle ne se limite plus seulement aux déclarations à la chaîne anglaise la BBC. La France libre envoient au front la force kamite, constituée de combattants forts, vigoureux et déterminés. Ces soldats sont envoyés aux premières lignes partout dans les opérations de guerre pour forcer la machine de guerre nazis à capituler. Sans ces hommes, les alliés n'auraient jamais pu battre l'Allemagne nazie. Dans ses plans, Hitler n'avait pas prévu une telle force du côté de ses ennemis. Les soldats kamites (noirs ) étaient l'or de la guerre. Ils ont été envoyés dans presque tous les fronts pour forcer la capitulation du camp de l'axe. Ils étaient en France, en Allemagne, en Italie, en Afrique du Nord, partout et toujours aux premières lignes.

3- La politique française après la guerre
Sans la première indépendance du Cameroun et la lutte du peuple camerounais aux côtés de la France libre, le général De Gaulle ne serait jamais devenu président de la France. Il serait considéré dans l'histoire comme un général rebelle qui a tenté de s'opposer au gouvernement de Pétain en France. La France serait restée une colonie Allemande, et l'Afrique noire qui a changé l'issue de la guerre se serait plutôt battue du côté de l'Allemagne qui avait déjà vaincu et qui contrôlait la France. Et si les Noirs se battaient aux côtés des nazis, la défaite allemande serait impossible. Sans le 27 août 1940, la France ne serait jamais membre permanent de l'ONU et n' aurait pas pu avoir l'influence qu'elle a maintenant dans le monde, ou qu'elle a eu dans le monde. La très rapide ascension du capitaine Leclerc qui a proclamé cette indépendance montrait le poids que cette date a eu dans l'histoire de la France. En seulement sept ans, il est passé de capitaine à maréchal, ce qui est particulièrement rare dans l'histoire militaire de la France.

4- l'influence du choix de l'UPC
Quand l'Union des Populations du Cameroun lutte pour la liberté du pays, elle prend appui sur ce rôle fondamental du Cameroun, et sur cette première indépendance du pays, ignorée par la France plus tard. Cette première indépendance a influencé les choix du mouvement national camerounais. Ruben Um Nyobe, le père de la lutte indépendantiste du Cameroun, précisait d'ailleurs : "la lutte armée a été menée une fois pour toute par les nationalistes camerounais qui ont contribué à la défaite du fascisme allemand. Les libertés fondamentales dont nous revendiquons l'application et l'indépendance vers laquelle nous devons marcher résolument ne sont plus les choses à conquérir par les armes." Au début, le mouvement national camerounais croyait qu'il suffirait de revendiquer cette indépendance pour qu'elle soit effective. Elle comprendra la perfidie de la France. 

III- Le refus de reconnaître la première indépendance et les efforts pour la reconnaissance de la date du 17 août 1940

1- Le refus de reconnaître la première indépendance du Cameroun 
A la fin de la deuxième guerre mondiale, les alliés sont victorieux grâce à la bravoure de la force kamite. Le Cameroun libre, qui était au fondement de la constitution de cette force, demande l'application de l'indépendance du 27 août 1940, et le retrait des forces françaises du pays puisque la guerre est finie. La France de De Gaulle ignore cette indépendance et déclenche contre le peuple camerounais une dure et longue guerre coloniale. C' est par les armes, le sang, la sueur et les larmes que le peuple camerounais qui venait de tout donner à la France pour sa liberté, tentera de forcer sa part  d'indépendance de cette France, indépendance pourtant déjà acquise. Des tonnes de sang ne feront pas reculer De Gaulle qui confisquera par la force des armes cette indépendance du Cameroun, devenant l'une des figures les plus hypocrites et ingrates de l'histoire de l'humanité. Et jusqu'à présent cette indépendance du Cameroun reste à conquérir à cause de la perfidie de la France. Devant la force et la détermination des combattants camerounais, la France sera forcée de lâcher prise. Elle fera croire aux camerounais qu'ils ont gagné leur indépendance et sont libres, en leur octroyant une fausse indépendance contrôlée par ses hommes de mains, les traîtres de la République, qu'elle a imposé par la force au pouvoir. Mais cette pefidie ne trompera pas le mouvement national camerounais qui continuera la lutte armée. Dans la bravoure, le peuple camerounais a lutté héroïquement pour sa liberté. Sa défaite en 1970 avec l'assassinat d'Ernest Ouandie est lié à un épuisement et non à un recul.

2- Ignorer la date du 27 août 1940
La France a voulu le plus possible garder un silence autour de la date du 27 août 1940 et sur la première indépendance du Cameroun pour plusieurs raisons. La première est que la connaissance de cette date devait mettre à nu son hypocrisie, et montrer au monde entier que la France de De Gaulle est si ingrate qu'elle n' a pas pu tenir sa parole pour un évènement aussi capital pour elle. Deuxièmement, le rappel de cette date devait révéler au monde la grande humiliation que les nationalistes camerounais lui ont affligée. Elle a mobilisé en vain les forces de l'AEF et de l'AOF pour combattre les nationalistes camerounais. Elle a été forcée de céder les indépendances surtout à cause des guerres d'indépendances que lui menaient les peuples camerounais et algériens. Elle a multiplié des interventions militaires au Cameroun sans succès, pour réprimer l'armée indépendantiste camerounaise. Elle a fait venir au Cameroun ses vétérans des guerres d'Indochine et d'Algérie pour venir à bout des nationalistes camerounais, en vain. C' est finalement en 1971 qu'elle parvient à arrêter la guerre d'indépendance, surtout à cause de l'épuisement du peuple camerounais. La troisième raison pour ignorer la date du 27 août 1940 est sa rapide défaite contre l'Allemagne et le fait que les français n'étaient pas combatifs pendant la guerre, contrairement aux Noirs. Ce sont les Noirs qui libèrent la France de l'occupation nazie, tandis que les français dans leur immense majorités, étaient cloîtrés dans leurs domiciles et espéraient la victoire de la force noire et autres forces qui se battaient pour les libérer du Nazisme allemand. Pendant la guerre, les Noirs mènent les combats les plus déterminants. Ils chassent les Allemands partout en France. Quand la prise de Paris devient un fait certain, le général rebelle De Gaulle procède au blanchiment de sa rébellion pour entrer à la capitale française. Les Noirs qui se battent depuis le début de la guerre sont démobilisés et remplacés par les blancs. De Gaulle donne pour raison de ce blanchiment la nécessité de préserver le moral des soldats Noirs épuisés par des années de combat et leur vulnérabilité au froid de Paris. L'historien français Pascal Blanchard écrit : "les Africains ont été envoyés à l'est de la France au moment de la libération de Paris". De Gaulle ne voulait pas que le Noirs qui avaient fait tout le travail soient associés à la liesse populaire de libération. Il ne voulait pas accepter la stricte réalité selon laquelle ce sont les Noirs, que les français méprisent qui ont libéré la France. Gilbert Beurier, un vétéran de la 9e division d'infanterie coloniale déclare : "On ne nous a pas prévenu que nous allions remplacer les tirailleurs. On nous a placé chacun en face d'un tirailleur et ces derniers ont commencé à se déshabiller. Ils nous ont donné leurs pantalons de treillis, leur manteau... Ils se sont retrouvés en calecons..." Le blanchiment de l'armée de la France libre, loin d'être une nécessité de préserver le moral des soldats Noirs épuisés par des années de combat et leur vulnérabilité au froid comme le précise De Gaulle relève tout simplement de l'hypocrisie du général rebelle doublé d'un orgueil. La France a honte de reconnaître qu'elle ne vivrait plus en tant que pays libre sans les Noirs, sans la première indépendance du Cameroun. Avant la fin de la guerre, les soldats Noirs sont démobilisés et pitoyablement renvoyés dans leurs pays respectifs. Le but est qu'ils ne participent pas aux opérations finales de peur que l'histoire ne retienne la difficile vérité selon laquelle ils ont donné aux alliés la victoire. Ils ont fini d'epuiser les forces de l'axe, et au moment de les achever, ils sont retirés des combats. La France de De Gaulle pousse son cynisme plus loin. Le 1er décembre 1944, certains soldats Noirs démobilisés font la grève à Thiaroye au Sénégal. Ils revendiquent le paiement de leurs arriérés de solde et de leurs primes de démobilisation. L'armée française ouvre le feu et fait plus de 100 morts. La France de De Gaulle vient de massacrer ceux qui l'ont libéré, juste quelques mois après sa libération, alors même que la guerre n' est pas encore achevée. Ces assassinats ne sont que les prémisses de l'ère difficile que le général promet à ceux qui viennent de libérer son pays. Sous sa présidence, les indépendances des colonisés qui ont été pendant longtemps son seul soutien seront confisqués, les nationalistes des colonies seront assassinés. Ceux qui vont se rebeller comme il a fait contre Pétain seront traqués, combattus et assassinés. Dès la libération de la France, il convoque la conférence de Brazzaville pour rappeler à ceux qui viennent de libérer son pays qu'ils ne sont pas libre, que la faiblesse de la France ne doit pas les pousser à croire en la liberté.
L'une des choses que l'Europe, et plus précisément la France ne pardonnera jamais à Hitler, c' est d'avoir obligé les colons à quémander le soutien des colonisés, surtout noirs, pour se libérer, et rendre de ce fait la décolonisation possible et inévitable.

2- Les efforts de reconnaissance de la date du 27 août 1940
Face au mutisme de la France et du gouvernement camerounais sous le contrôle de cette France, des organisations tentent de faire reconnaître cette date capitale du 27 août 1940. Il s'agit plus précisément de l'Alliance Patriotique qui a théorisé le contentieux historique franco-camerounais, en prenant appui sur cette date. Elle organise des commémorations de cette date pour la faire connaître, rétablir la vérité historique et faire que la France reconnaisse les tonnes de sang camerounais versés pour elle.

Conclusion 
Dans l' Histoire, la France a toujours été assez méprisante envers les Noirs. Mais c' est cette race qui l'a libéré du Nazisme allemand, ce qu' elle considère toujours comme une humiliation, ce qui justifie sa violence envers le peuple noir. Sa libération est partie du Cameroun. Elle a proclamé une première indépendance du pays qu'elle a ensuite ignorée. Ce que nous retenons est que nous n'avons pas besoin que nos ennemis nous reconnaissent une indépendance. Nous devons lutter pour notre liberté et l'avoir, et la proclamer. La reconnaissance de cette liberté par nos ennemis importe peu. Ceci est valable pour la demande de leur reconnaissance et réparation envers tout ce qu'ils ont fait à la race noire. Leur reconnaissance nous importe peu. Et ils ne pourront jamais réparer les razzias négrières, la colonisation, le néocolonialisme. Ils ne pourront pas. Nous avons encore des moyens pour bâtir de grandes civilisations. La seule chose qui nous en éloigne est notre liberté. Nous devons laisser l'occident avec sa conscience si elle en a une, et ne plus lui demander des réparations, parce qu'il ne peut rien réparer.