Fiche de cours sur la philosophie patristique, médiévale et moderne
I- LA PHILOSOPHIE PATRISTIQUE ET MEDIEVALE : DIEU, LA FOI ET LA RAISON
Il s’agit plus précisément des patristiques et des scolastiques qui pensent que la philosophie (raison) et la religion (foi) peuvent faire bon ménage.
1- Caractéristiques communes des patristiques et de la scolastique :
• Ils sont considérés comme les pères fondateurs de l’église ;
• Ce sont eux qui ont élaboré presque tous les dogmes chrétiens ;
• Ils pensent que la foi et la raison doivent aller de pair ;
• Ce sont en même temps des philosophes et des théologiens ;
• Leur philosophie s’étend sur le moyen âge
2- Quelques définitions :
Patristique : Méthode des pères. Ce sont les pères fondateurs de l’église chrétienne.
Scolastique : Ce qui est relatif à l’école. C’est la philosophie associée à la théologie et enseignée dans les écoles ecclésiastiques et les universités d’Europe du IXe au XVIIe siècle.
Foi : Croyance qui ne tolère pas le doute, la confiance en quelqu’un ou quelque chose. D’après Thomas d’Aquin, « La foi est la substance des réalités éternelles, la conviction du monde invisible. »
Raison : Capacité, faculté qu’a l’homme de remettre en question, de juger, de distinguer le vrai du faux.
3- Caractéristiques particulières des patristiques
• Ils émergent au deuxième siècle, soit peu de temps après la mort du Christ. Certains ont connu les apôtres. On les appelle les apostoliques ;
• Ils émergent à une période dominée par la raison, qui a caractérisé la pensée antique de la Grèce. Or leur croyance s’appuie sur la foi. Ce qui les pousse à théoriser un lien entre la raison et la foi ;
• Leur but était de convaincre la population à adhérer à leur nouvelle religion qui s’appuyait sur la foi qui est d’origine juive, contrairement à la raison qui domine la Grèce. Une rupture radicale les aurait isolés. Ils devaient donc surmonter l’incompatibilité entre les conceptions opposées juives et grecques au sujet de la foi et la religion. Pour les juifs, l’esprit et le corps sont compatibles et l’esprit peut même devenir le corps : « Le verbe s’est fait chair et a habité parmi nous. » Pour les philosophes grecs, le corps est le tombeau de l’âme. Pierre Hardot écrit ; « C’est à cause de l’ambiguïté du mot logos (esprit ou âme) qu’une philosophie chrétienne a été possible ».
4- Les arguments utilisés par les patristiques pour montrer que la foi et la raison ne s’opposent pas
- Les chrétiens sont des philosophes puisqu’ils possèdent l’esprit et la raison, et vivent selon les exigences de la raison divine. Pierre Hardot : « Si philosopher c’est vivre conformément à la raison, les chrétiens sont philosophes puisqu’ils vivent conformément au logos (esprit) divin » ;
- Les philosophes grecs confondent souvent logos (esprit) à raison qui, pour eux, est la même chose. Clément d’Alexandrie écrit : « Le Christianisme qui est la révélation complète du logos, est la vraie philosophie, celle qui nous enseigne à nous conduire de façon à ressembler à Dieu. » ;
- Comparaison entre les anciens philosophes et les chrétiens. Saint Justin : « Ceux qui avant le Christ ont mené une vie accompagnée de raison (logos) sont comme des chrétiens bien qu’ils soient passés pour athées tel que Socrate, Héraclite et leurs semblables. »
5- Quelques points de divergence entre les patristiques et la philosophie
• Le sort de l’âme après la mort. Les patristiques croient à la résurrection et à la fin des temps tandis que les philosophes comme Socrate et Platon croient en la réincarnation.
6- Quelques patristiques
- Clément d’Alexandrie utilise les idées de Platon pour approfondir la compréhension de la Bible et de la théologie ;
- Origène explique tous les livres de la Bible en s’appuyant sur la philosophie ;
- Saint Augustin. Pour lui, seul un homme intelligent a la capacité de croire. Les chrétiens doivent donc beaucoup lire. C’est lui qui élabore le dogme de la Sainte trinité et prône la soumission de la raison à la foi.
7- Les arguments utilisés par les scolastiques pour justifier l’union entre la foi et la raison
- La foi et la raison viennent de Dieu et doivent donc aller ensemble selon Thomas d’Aquin ;
- La foi et la raison ont un même objectif qui est la recherche de la vérité. Denys : « La foi se tient dans la simple et toujours existante vérité. » La philosophie se définit comme la quête permanente de la vérité ;
- La philosophie recherche ce que la religion a déjà trouvé. Pour Aristote, la raison est la faculté intellectuelle qui permet à l’homme de connaitre les causes premières des choses. C’est la science des causes premières. La philosophie recherche donc la vérité première. Pour Thomas d’Aquin, cette vérité première, c’est ce que nous enseigne l’église ;
- La raison est un instrument nécessaire pour démontrer l’existence de Dieu. La raison en procédant de manière démonstrative peut amener beaucoup d’infidèles à la foi. Thomas d’Aquin : « Il est normal de voir proposer comme dogme religieux des vérités, que la raison peut pourtant connaitre naturellement » ;
- La raison doit compléter les lacunes de la foi. Thomas d’Aquin : « Bien que ceux qui ont la foi n’aient pas tous la pleine intelligence des choses qui sont proposées et qu’on doit croire, ils ont cependant assez d’intelligence pour saisir que c’est là ce qu’on doit croire » ;
- La foi nous permet de mieux raisonner. Esaïe : « Si vous n’avez pas foi, vous n’aurez pas l’intelligence. » Thomas d’Aquin : « Les choses de la foi étendent une sorte de haut rayonnement protecteur. Ce rayonnement aide à penser. Il aide à avancer » ;
- Les différentes sciences où s’exerce la raison sont habitées par Dieu. La foi doit donc les guider. Thomas d’Aquin : « Toutes ces sciences de la nature touchent les réalités dans lesquelles Dieu même est venu habiter. Il n’est pas indifférent à la foi que ces réalités soient recherchées dans toutes leurs variétés » ;
-La raison ne peut atteindre la vérité seule. Elle a besoin de la foi. Hegel : « Rien de grand ne s’est fait sans passion » ;
- Jean Paul II : « La foi et la raison sont comme deux ailes qui nous portent vers la reconnaissance ».
II- LA PHILOSOPHIE MODERNE : LE RATIONNALISME, L’EMPIRISME, L’EXISTENTIALISME
Ce sont ceux qui pensent que la philosophie et la foi ne sont pas compatibles et ne peuvent pas faire bon ménage
1- Caractéristiques communes
- Ils pensent que la philosophie et la religion doivent être séparées, chacun poursuivant son chemin ;
- Leurs philosophies sont liées à l’essor de la science moderne ;
- Tous critiquent la foi et estiment qu’elle a embrigadé la raison pendant tous le moyen âge européen ;
- Ils défient les anciens philosophes et tentent de refonder la philosophie ;
- La philosophie s’émancipe de la religion, mais aussi de la science et devient de plus en plus une discipline purement intellectuelle.
2- Les arguments des rationalistes
- La philosophie pose la raison comme seule source possible de toute connaissance, et non la foi ;
- La vérité s’obtient par une explication logique et non par la révélation divine. Seule la raison humaine est capable d’établir la vérité ;
- Tout ce qui existe a une explication rationnelle et peut être décrit par la raison humaine. Descartes « Je pense, donc je suis. » (Il décide de douter de tout. Ce faisant, il tourne le dos à la foi qui est une croyance qui n’admet pas le doute. La sagesse pour lui est la faculté de penser clairement et distinctement.)
3- Les arguments des empiristes
L’empirisme est une philosophie selon laquelle toute connaissance découle de l’expérience.
- Il n’y a pas de connaissance rationnelle à priori. Le seul critère de la vérité est l’expérience. Rien n’est vrai tant qu’il n’a été expérimenté. Or la foi ne peut pas être expérimentée ;
- L’idée générale n’est pas à l’origine, mais à la fin de la pensée. L’idée commence toujours par les idées singulières pour ensuite s’élever jusqu’aux idées générales.
4- Les arguments des existentialistes.
- L’être humain est maitre de son existence. Il détermine sa vie par ses actions. Ces actions ne sont pas prédéterminées par un Dieu quelconque ;
- Chaque personne est maitresse de son destin. Ce sont les projets fondamentaux qu’il se donne lui-même qui font de lui celui qu’il est et non Dieu ou le passé. Simone de Beauvoir ; « On ne nait pas femme, on le devient. »


