Ahmadou Ahidjo: Une homme, une œuvre, une époque
Introduction
Ahmadou Babatoura Ahidjo est l’une des figures majeures de l’histoire contemporaine du Cameroun. Premier président de la République du Cameroun, il incarne le passage du pays du statut de territoire sous tutelle à celui d’État souverain. Pourtant, son accession au pouvoir et son exercice de la fonction présidentielle se sont faits dans un contexte de division nationale, marqué notamment par l’exclusion de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), parti indépendantiste. Soutenu par la France coloniale, Ahidjo va jouer un rôle déterminant dans la construction d’un État centralisé, autoritaire, mais également promoteur de l’unité nationale et du développement économique.
I. Origines et formation d’un leader politique
Ahmadou Ahidjo est né le 24 août 1924 à Garoua (région du Nord), dans une famille peule musulmane. Fils d’un chef traditionnel, il reçoit une éducation coranique avant d’intégrer l’école primaire locale, puis le collège régional de Yaoundé. Il ne poursuit pas d'études supérieures, mais entre dans l'administration coloniale comme radiotélégraphiste, un poste qui le familiarise avec la logistique étatique et les réseaux de communication.
Dès 1947, Ahidjo entre en politique en étant élu député à l’Assemblée territoriale. Très vite, il s’impose comme une figure de compromis aux yeux de la France, notamment face à l’UPC, perçue comme trop independantiste. Entre 1953 et 1958, il devient conseiller de l’Assemblée de l’Union française, puis vice-président, puis président de l’Assemblée législative du Cameroun.
II. L’accession au pouvoir et la consolidation de l’État
Avec la loi-cadre Defferre (1956) qui accorde l'autonomie interne aux colonies françaises, un gouvernement local est formé au Cameroun. André-Marie Mbida en est le Premier ministre, et Ahidjo, son vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur. Mais rapidement, des tensions apparaissent, et Mbida, jugé trop critique envers la France, est poussé à la démission en février 1958, remplacé par Ahidjo plus conciliant envers la colonisation française.
Soutenu par la France, Ahidjo devient l’artisan de l’indépendance négociée du Cameroun. Il prépare activement la transition vers la souveraineté en neutralisant l’opposition de l’UPC par une répression violente, surtout dans les zones bassa et bamiléké, foyers de la résistance.
Le 1er janvier 1960, le Cameroun accède à l’indépendance. Le 5 mai 1960, Ahmadou Ahidjo est élu président de la République. Il engage alors une politique centrée sur trois axes :
l’unité nationale,
le développement économique,
la paix sociale, même si elle est imposée par la force.
III. Le régime politique et les grandes réalisations
Ahidjo met en place un régime autoritaire à parti unique, l’Union Nationale Camerounaise (UNC). Sous prétexte de préserver l’unité nationale, il interdit les partis politiques concurrents et concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Les opposants sont traqués, emprisonnés ou contraints à l’exil. Cependant, son régime se distingue aussi par :
La centralisation de l’administration,
Une politique de grands travaux (routes, barrages, écoles, hôpitaux),
Une vision de développement planifié avec les plans quinquennaux,
Le rapprochement du Cameroun francophone et anglophone, aboutissant à la création de la République unie du Cameroun en 1972 (référendum constitutionnel),
Une politique extérieure non-alignée, marquée par une certaine neutralité en pleine guerre froide.
IV. La démission et la fin de vie d’un homme d’État
Le 4 novembre 1982, à la surprise générale, Ahmadou Ahidjo démissionne de la présidence, officiellement pour raisons de santé, et cède le pouvoir à son Premier ministre, Paul Biya. Toutefois, des tensions naissent rapidement entre les deux hommes. Accusé de complot en 1984 à la suite d’un coup d’État manqué, Ahidjo est condamné à mort par contumace, bien que gracié plus tard.
Il meurt en exil à Dakar (Sénégal), le 30 novembre 1989, sans jamais être réhabilité officiellement de son vivant. Il est inhumé au cimetière musulman de Dakar.
Conclusion
Ahmadou Ahidjo demeure une figure ambivalente de l’histoire du Cameroun. Visionnaire en matière d’unité nationale et de développement, il a aussi incarné l’autoritarisme politique, avec une répression brutale de l’opposition. Son œuvre politique a durablement marqué l’architecture étatique du Cameroun contemporain. Son héritage fait aujourd’hui encore l’objet de débats et d’analyses critiques.
Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :
1- En quelle année Ahmadou Ahidjo est-il devenu président de la République du Cameroun ?
A) 1958
B) 1960
C) 1961
D) 1963
2- Quel était le parti politique fondé par Ahmadou Ahidjo pour instaurer le parti unique ?
A) UPC
B) UC
C) UNC
D) UDC
3- Quelle était la position de la France par rapport à Ahmadou Ahidjo ?
A) Elle s’opposait à lui
B) Elle l’a toujours soutenu
C) Elle l’a exilé
D) Elle l’a destitué
4- Dans quelle ville Ahmadou Ahidjo est-il décédé ?
A) Garoua
B) Yaoundé
C) Paris
D) Dakar
5- Quelle grande réforme constitutionnelle Ahidjo a-t-il mise en place en 1972 ?
A) Le retour au multipartisme
B) L'indépendance de la zone anglophone
C) Le fédéralisme intégral
D) La République unie du Cameroun
Réponses aux QCM :
1- B
2- C
3- B
4- D
5- D

