La tutelle de l' ONU sur le Cameroun

Blog Single
Introduction

Le Cameroun, situé au cœur de l’Afrique centrale, a connu une histoire coloniale complexe. D’abord protectorat allemand à partir de 1884, le territoire fut retiré à l’Allemagne suite à sa défaite durant la Première Guerre mondiale. En 1919, le Cameroun fut alors confié à la France et à la Grande-Bretagne sous forme de mandat de la Société des Nations (SDN). Cette division donna naissance à deux entités : le Cameroun français et le Cameroun britannique.

Après la Seconde Guerre mondiale, la SDN fut dissoute et remplacée par l’Organisation des Nations Unies (ONU), fondée en 1945. Dans ce cadre, le Cameroun fut placé sous tutelle de l’ONU en 1946, mais confié de nouveau aux mêmes puissances administratives : la France et la Grande-Bretagne. Ce régime de tutelle avait pour but de préparer les territoires à l’autonomie ou à l’indépendance. En réalité, les puissances tutélaires poursuivirent des politiques coloniales classiques, provoquant de fortes tensions et une montée du nationalisme camerounais.

I- LE CADRE JURIDIQUE DE LA TUTELLE DE L’ONU

1- Fondement de la tutelle

Le régime international de tutelle a été institué par l’ONU en 1945, conformément aux chapitres XII et XIII de la Charte des Nations Unies. L’accord de tutelle sur le Cameroun fut signé à New York le 13 décembre 1946, mettant ainsi fin au régime de mandat de la SDN.

2- Objectifs de la tutelle (article 76 de la Charte de l’ONU)

Le régime visait principalement à :

Favoriser le progrès politique, économique, social et éducatif des populations des territoires sous tutelle.

Encourager leur évolution progressive vers l’autonomie ou l’indépendance, en tenant compte de leurs conditions particulières.

Développer le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Renforcer l’interdépendance des peuples et le sentiment de coopération internationale.

3- Le Conseil de tutelle

Pour surveiller l’application de ces objectifs, l’ONU a mis en place un Conseil de tutelle, chargé de :

Recevoir les rapports des puissances administratives.

Examiner les pétitions provenant des populations sous tutelle.

Mener des missions d’inspection sur le terrain.

II- L’APPLICATION DE LA TUTELLE PAR LES PUISSANCES TUTÉLAIRES

1- La tutelle française sur le Cameroun

Bien que le Cameroun français était censé évoluer vers l’indépendance, la France l’a administré comme une colonie classique, ignorant les spécificités du régime de tutelle.

a- Politique administrative
Le Cameroun participa à l’Union française dès 1946. Des représentants camerounais furent élus à l’Assemblée nationale française (ex : Louis-Paul Aujoulat, Douala Manga Bell, etc.) On a assisté à la mise en place progressive de structures locales :

1945 : création de l’Assemblée Représentative du Cameroun (ARCAM).

1952 : ARCAM devient ATCAM.

1957 : ATCAM devient ALCAM, dotée de pouvoirs législatifs.

b- Évolution vers l’autonomie
Le 23 juin 1956, la loi-cadre Defferre est promulguée sur l’autonomie interne. Le 15 mai 1957, André-Marie Mbida devient le premier Premier ministre du Cameroun. Le 30 décembre 1958 marque une nouvelle étape vers l’autonomie complète. Le 1er janvier 1960, l' indépendance du Cameroun français proclamée par Ahmadou Ahidjo (Premier ministre depuis 1958).

c- Violations du régime de tutelle
Le régime de tutelle a été une colonisation déguisée, avec les travaux forcés, la répression, l' humiliation.  Le principal parti politique UPC a été violemment réprimé. De nombreuses pétitions ant été adressées à l’ONU par les populations du Cameroun pour dénoncer ces abus.

2) La tutelle britannique sur le Cameroun

Le Cameroun britannique, scindé en deux entités (Nord-Cameroun et Sud-Cameroun), fut administré comme une extension du Nigeria.

a- Intégration au système nigérian
Avec l' application des constitutions nigérianes : Richards (1946), Macpherson (1951), Lyttleton (1954). Le partage des institutions : Assemblées, exécutifs, budgets.

Le Sud-Cameroun obtient en 1954 un statut autonome avec une Assemblée propre et un Conseil exécutif.

b- Vers l’autonomie

En 1957, la conférence constitutionnelle de Lagos introduit le système ministériel. Le 15 mai 1958, John Ngu Foncha devient Premier ministre du Cameroun méridional.

c- Le plébiscite de 1961
La Résolution 1352 du 16 octobre 1959 de l’ONU décide d’organiser un plébiscite pour décider de l’avenir des deux Cameroun.

Le 11 février 1961, Nord-Cameroun vote pour son rattachement au Nigeria tandis que le Sud-Cameroun vote à 70,49 % pour son rattachement à la République du Cameroun. Le 1er octobre 1961, le Cameroun anglophone rejoint le Cameroun francophone dans un cadre fédéral.

Conclusion

La tutelle de l’ONU sur le Cameroun, bien que théoriquement orientée vers le développement et l’indépendance, a été largement détournée par les puissances tutélaires. Chacune a imposé son modèle colonial, négligeant l’originalité du régime de tutelle. Cela a conduit à deux chemins politiques différents : un Cameroun francophone fortement centralisé et un Cameroun anglophone habitué à l’autonomie locale. Ces divergences institutionnelles, juridiques, éducatives et culturelles continuent encore aujourd’hui de peser sur l’unité nationale du Cameroun.


Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :

1- Quelle organisation remplace la SDN pour instaurer la tutelle au Cameroun ?
A) L'Union africaine
B) Le Conseil de l'Europe
C) L'ONU
D) L'OTAN

2- Quelle date marque le passage officiel du Cameroun sous tutelle de l’ONU ?
A) 27 octobre 1946
B) 13 décembre 1946
C) 1er janvier 1945
D) 5 décembre 1959

3- Quel article de la Charte de l'ONU énonce les objectifs du régime de tutelle ?
A) Article 51
B) Article 77
C) Article 76
D) Article 13

4- Qui fut le premier Premier ministre du Cameroun en 1957 ?
A) Ahmadou Ahidjo
B) Ruben Um Nyobè
C) André-Marie Mbida
D) John Ngu Foncha

5- Que décide la résolution 1352 de l’ONU ?
A) L’indépendance immédiate du Cameroun
B) L’arrêt des travaux forcés
C) L’organisation d’un plébiscite au Cameroun britannique
D) La création de l’Union française

6- Quelle date marque l’indépendance du Cameroun francophone ?
A) 1er janvier 1960
B) 11 février 1961
C) 1er octobre 1961
D) 15 mai 1957

7- Quel pourcentage de Camerounais du Sud-Cameroun a voté pour la réunification avec le Cameroun ?
A) 53 %
B) 100 %
C) 70,49 %
D) 49,51 %

8- Quelle assemblée remplace l’ATCAM en 1957 ?
A) ARCAM
B) ALCAM
C) ARCCAM
D) UNICAM

Réponses aux questions :
1- C
 2- B
3-  
4- C
5- C
6- A
7- C
8- B