Le Congo belge : De l' émancipation aux problèmes post-indépendance

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Introduction

Le Congo belge est un cas unique dans l’histoire coloniale africaine. Avant de devenir une colonie belge en 1908, ce vaste territoire fut d’abord la propriété personnelle du roi des Belges, Léopold II, sous l'appellation d’État indépendant du Congo (1885-1908). L’exploitation inhumaine de la population et des ressources dans ce cadre personnel suscita une vague d’indignation internationale qui poussa le roi à céder le territoire à l’État belge. Mais même après ce transfert, la situation des Congolais ne changea guère, préparant le terrain à une lutte nationaliste intense.

I- Le réveil du nationalisme

1- Une domination fondée sur le paternalisme et la cruauté

La Belgique mit en place au Congo un système colonial appelé paternalisme, qui considérait les Congolais comme des enfants incapables de se gouverner eux-mêmes, justifiant ainsi une domination perpétuelle. Ce système visait une exploitation à long terme des ressources, tout en maintenant les Congolais dans l'ignorance. L’État belge investit très peu dans l’éducation, par crainte de voir émerger une élite intellectuelle capable de contester l’ordre colonial. Seule une infime minorité accéda à une formation limitée, sous contrôle des missions religieuses.

La Belgique appliqua également une politique d’assimilation, mais de manière très sélective et hypocrite. Pire, l’exploitation coloniale fut d’une extrême brutalité, avec des pratiques telles que les mutilations (notamment les mains coupées) pour ceux qui n’atteignaient pas les quotas de production d’hévéa. Ce traitement cruel fut dénoncé même par d’autres puissances coloniales.

Sur le plan social, les Congolais vivaient dans des conditions extrêmement difficiles avec l' accroissement des travaux forcés; la restriction des libertés, notamment de circulation ; les injustices économiques (salaires très bas, absence de propriété) ; la ségrégation raciale dans tous les domaines.

Ce climat de violence et d’oppression fit naître un profond malaise, et les élites congolaises commencèrent à revendiquer plus de libertés.

2- La montée des protestations spirituelles et politiques

Dès les années 1920, un ancien catéchiste protestant, Simon Kimbangu (1889-1951), fonda un mouvement messianique, le kimbanguisme. Il prônait la protestation contre l’ordre colonial, la rupture avec les missions européennes, l’indépendance des Églises africaines. Il affirmait que les Noirs deviendraient les égaux des Blancs, et se présentait comme le Saint-Esprit. Considéré comme une menace, il fut arrêté, condamné à perpétuité et mourut en prison après plus de 30 ans de détention.

Dans les années 1950, la revendication politique prit un nouvel élan avec la création de plusieurs partis nationalistes :

L' ABAKO (Association des Bakongo), fondée en 1952 et dirigée par Joseph KASAVUBU, favorable à un Congo fédéral,

Le MNC (Mouvement National Congolais), fondé en 1958 par Patrice LUMUMBA, partisan de l’unité nationale,

La CONAKAT (Confédération des Associations tribales du Katanga), dirigé par Moïse TSCHOMBE, défenseur des intérêts économiques du Katanga,

L'UPC (Union Progressiste Congolaise) de Mwissa Camus, fondée aussi en 1958.

II- La marche vers l’indépendance

1- Patrice Lumumba : de l'humanisme à la rupture

Patrice Lumumba, influencé par la littérature humaniste, rêvait initialement d’un partenariat pacifique avec la Belgique. Mais lors de sa visite à l’exposition universelle de Bruxelles en 1958, il fut choqué par l’image dégradante des Africains. Ce fut un tournant : à son retour, il fonde le MNC.

Il participe à la Conférence panafricaine d’Accra, organisée par Kwame Nkrumah, et rencontre des figures majeures comme Gamal Abdel Nasser et Sylvanus Olympio. Lumumba réalise le retard du Congo et intensifie ses revendications. Il exige l' indépendance immédiate du Congo. Son message suscite un immense écho. Il est arrêté, mais les mouvements de protestation prennent de l’ampleur, obligeant la Belgique à réagir.

2- La conférence de Bruxelles et l’indépendance

Face aux tensions, le roi Baudouin de Belgique convoque une table ronde belgo-congolaise à Bruxelles. Elle se conclut par la fixation de l’indépendance au 30 juin 1960.

Aux élections organisées juste avant l’indépendance, le MNC de Lumumba remporte une majorité relative, Lumumba devient Premier ministre et Kasavubu devient Président de la République.

Cependant, cette indépendance, acquise dans la précipitation, était pleine d’incertitudes.

III- Les problèmes postindépendance

1- Instabilité politique et divisions internes

À peine indépendant, le Congo plonge dans une crise politique grave. Les trois forces politiques principales (MNC, ABAKO, CONAKAT) n’avaient pas de vision commune. Les leaders étaient mal préparés à gouverner un État aussi vaste et divisé. En parallèle, les puissances occidentales, notamment les États-Unis et la Belgique, refusent de perdre l’accès aux ressources congolaises (cuivre, uranium…). Lumumba, soucieux de mettre les ressources du Congo au service des Congolais, devient une cible.

2- Sécession du Katanga et assassinat de Lumumba

En juillet 1960, Moïse Tshombe proclame l’indépendance du Katanga, province minière riche, avec le soutien de la Belgique et d’autres puissances occidentales. Un autre territoire, le Sud-Kasaï, proclame aussi sa sécession. Lumumba fait appel à l’ONU, qui refuse d’intervenir contre la Belgique. Déçu, il se tourne vers l’URSS, ce qui alimente les tensions en pleine guerre froide. Le président Kasavubu destitue Lumumba. Lumumba saisit les deux chambres du parlement qui destituent le Président Kasavubu. Le chef d’état-major, Mobutu, soutenu par les Occidentaux, prend le pouvoir. Lumumba est arrêté, livré au Katanga et assassiné en janvier 1961, juste 6 mois après l' indépendance.

3- La dictature de Mobutu et l’instabilité permanente

Après une période de troubles, Mobutu Sese Seko s’impose comme le nouveau maître du Congo (rebaptisé Zaïre). Son régime se transforme en une dictature personnalisée et corrompue, soutenue par les puissances occidentales au nom de la lutte contre le communisme. Depuis lors, le pays connaît une succession de crises politiques, de guerres civiles et de conflits ethniques, malgré les alternances de pouvoir, marquant une instabilité chronique jusqu’à nos jours.

Conclusion

L’histoire du Congo belge montre comment une colonisation brutale, sans réelle préparation à l’autonomie, a laissé un lourd héritage. L’indépendance, obtenue dans la hâte, s’est heurtée à la division politique, aux ingérences étrangères et à l’avidité des puissances pour les ressources naturelles. Le martyre de Lumumba illustre l’échec d’une indépendance sans souveraineté réelle. Le Congo reste aujourd’hui un symbole à la fois de souffrance et de résilience africaine.


Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :

1- Avant 1908, le Congo belge était :
A. Une colonie française
B. Une colonie britannique
C. La propriété personnelle du roi des Belges Léopold II
D. Une république indépendante

2- Le système colonial appliqué par la Belgique au Congo était appelé :
A. Indirect rule
B. Assimilation rigide
C. Paternalisme
D. Fédéralisme

3- L'une des pratiques les plus cruelles observées au Congo était :
A. L’impôt sur les huttes
B. L'enrôlement militaire obligatoire
C. La coupe des mains pour non-production
D. Le travail forcé uniquement pour les femmes

4- Le mouvement religieux contestataire fondé par Simon Kimbangu s'appelle :
A. L’animisme congolais
B. Le pentecôtisme
C. Le kimbanguisme
D. L’Église africaine unifiée

5- L’ABAKO, parti politique congolais, était dirigé par :
A. Patrice Lumumba
B. Moïse Tshombe
C. Joseph Kasavubu
D. Simon Kimbangu

6- Quel événement a profondément déçu Patrice Lumumba et l’a poussé à revendiquer l’indépendance immédiate ?
A. La guerre du Biafra
B. Son emprisonnement par la Belgique
C. L’exposition universelle de Bruxelles
D. L’élection de Kasavubu

7- La conférence qui fixe l’indépendance du Congo au 30 juin 1960 est :
A. La Conférence de Berlin
B. La Conférence d’Addis-Abeba
C. La Table ronde belgo-congolaise
D. Le sommet de Casablanca

8- En 1960, qui devient Premier ministre du Congo indépendant ?
A. Joseph Kasavubu
B. Simon Kimbangu
C. Moïse Tshombe
D. Patrice Lumumba

9- La sécession du Katanga est proclamée par :
A. Patrice Lumumba
B. Joseph Kasavubu
C. Moïse Tshombe
D. Antoine Gizenga

10- Patrice Lumumba est assassiné :
A. En 1965
B. En janvier 1961
C. Avant la proclamation de l’indépendance
D. En 1971

11- Après l’assassinat de Lumumba, qui prend le pouvoir au Congo ?
A. Joseph Kasavubu
B. Antoine Gizenga
C. Mobutu Sese Seko
D. Laurent-Désiré Kabila

12- Quel était le principal objectif de Patrice Lumumba après l’indépendance ?
A. Nationaliser toutes les entreprises européennes
B. Maintenir de bonnes relations avec la Belgique
C. Mettre les ressources du Congo au service du peuple congolais
D. Fonder une monarchie constitutionnelle

Réponses aux questions :
1 – C
2 – C
3 – C
4 – C
5 – C
6 – C
7 – C
8 – D
9 – C
10 – B
11 – C
12 – C