L'émancipation des autres territoires : cas de l' Angola et de la Guinée Équatoriale
Introduction
Contrairement à la France et au Royaume-Uni qui, face à la montée du nationalisme africain et à la pression internationale, ont progressivement accepté de libérer leurs colonies, le Portugal a adopté une position rigide : il considérait ses colonies non comme des possessions, mais comme des provinces d’outre-mer intégrées à la métropole. Ainsi, il s’est obstiné à maintenir sa domination par la force, déclenchant des luttes armées violentes dans presque toutes ses colonies africaines (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau, Cap-Vert).
À l’inverse, l’Espagne, bien que dictature franquiste, a accompagné pacifiquement le processus d’émancipation de ses territoires africains, notamment la Guinée équatoriale, qui accéda à l'indépendance sans guerre majeure.
I- Le cas de l’Angola : une guerre d’indépendance sanglante
1- Le contexte colonial portugais en Angola
Le Portugal a appliqué en Angola une politique d’assimilation inspirée du modèle français, mais de manière plus discriminatoire. La société était divisée entre :
Les “indigènes”, la majorité noire privée de droits civiques, soumise aux travaux forcés et vivant dans des conditions précaires.
Les “assimilados”, une minorité d’Africains ayant adopté les normes portugaises (langue, religion catholique, instruction), et pouvant acquérir un statut de citoyen portugais.
Les colons blancs, une infirme minorité privilégiée concentrée dans les villes (Luanda, Benguela) et détentrice du pouvoir économique et politique.
2- L’émergence des mouvements nationalistes angolais
Trois grands mouvements armés aux idéologies différentes ont porté la lutte pour l’indépendance. Il s'agit :
Du MPLA (Mouvement Populaire de Libération de l' Angola), créé en 1956 par Agostinho Neto, de tendance marxiste-léniniste, soutenu par l’URSS et Cuba.
Le FNLA (Front National de Libération de l' Angola ), fondé par Holden Roberto en 1963, de tendance capitaliste, soutenu par les États-Unis, le Zaïre de Mobutu et l’Afrique du Sud.
L’UNITA (Union Nationale pour l' Indépendance Totale de l' Angola ) : fondée en 1966 par Jonas Savimbi, anti-communiste, soutenue par la Chine puis par l’Afrique du Sud.
En 1961, ces mouvements lancent les premières attaques. Le MPLA attaque la prison de Luanda et ke FNLA déclenche une insurrection dans le nord contre les colons. Ils sont suivis par l' UNITA qui attaque à son tour l' administration coloniale portugaise.
3- Une guerre prolongée et une indépendance dans le chaos
La lutte pour l’indépendance est paralysée par les divisions idéologiques entre les mouvements nationalistes, alimentés par la guerre froide. Chacun reçoit des armes, une aide logistique et des conseillers militaires de ses alliés respectifs.
Cette guerre, combinée à celles du Mozambique et de la Guinée-Bissau, épuise le Portugal économiquement et militairement. Le mécontentement croissant provoque la “Révolution des Œillets” en avril 1974, qui renverse la dictature de Salazar et porte un gouvernement prêt à décoloniser. Le 11 novembre 1975, le MPLA prend Luanda et proclame l’indépendance. Agostinho Neto devient président. Mais ni l’UNITA ni le FNLA ne reconnaissent ce pouvoir. Une longue guerre civile éclate entre le MPLA (au pouvoir) et l’UNITA (rebelle), qui durera jusqu’en 2002, coûtant la vie à des centaines de milliers d’Angolais.
II- Le cas de la Guinée équatoriale : une décolonisation sans guerre
1- Une colonisation marquée par la marginalisation
La Guinée équatoriale (composée de la partie continentale, le Río Muni, et des îles, notamment Bioko) a été colonisée par l’Espagne. Contrairement au Portugal, l’Espagne n’a pas résisté à la décolonisation.
Elle a mis en œuvre une politique d’assimilation incomplète, qui ne concernait qu’une infime élite baptisée et scolarisée, appelée l’élite hispano-guinéenne.
La majorité de la population, principalement les Fangs et Bubi, est restée en marge de l'administration, sans droits ni participation politique.
2- La montée du nationalisme et l’indépendance pacifique
Deux principaux mouvements nationalistes voient le jour :
Le Mouvement pour l’Unité Nationale de la Guinée équatoriale (MUNGE).
Le Mouvement de Libération de la Guinée équatoriale (MLGE).
Sous la pression de l’ONU et de ces mouvements, l’Espagne accorde une autonomie interne en 1963.
Des élections générales ont lieu en août 1968, pour doter le pays d’institutions locales.
Le 12 octobre 1968, Francisco Macías Nguema, élu président, proclame l’indépendance de la Guinée équatoriale. Il s’agit d’une transition pacifique, sans guerre ni affrontement majeur.
Cependant, le nouvel État sera rapidement confronté à une dictature sanglante : Macías Nguema devient un tyran autoritaire, plongeant le pays dans la terreur jusqu’à son renversement en 1979.
Conclusion
L’émancipation des colonies portugaises s’est faite par la guerre, le Portugal n’ayant jamais accepté l’idée de libérer ses territoires. Le cas de l’Angola illustre les luttes armées complexes, alimentées par la guerre froide, qui ont accouché de jeunes États indépendants mais instables.
À l’opposé, la Guinée équatoriale, colonie espagnole, a connu une décolonisation pacifique, bien que la période postindépendance ait été marquée par une violente dictature.
Ces deux exemples témoignent des trajectoires contrastées de l’émancipation africaine, entre conflits armés et transitions politiques encadrées.
Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :
1- Quelle a été la particularité de la politique coloniale portugaise en Angola ?
A. Elle reposait sur la coopération avec les chefs traditionnels
B. Elle consistait à former une élite autochtone indépendante
C. Elle appliquait une politique d’assimilation stricte
D. Elle favorisait la majorité noire dans l’administration
2- Le statut d’“assimilado” dans les colonies portugaises pouvait être obtenu par :
A. La soumission militaire
B. L’appartenance à un parti politique
C. L’intégration culturelle, religieuse et scolaire
D. Le mariage avec un Portugais
3- Quel mouvement de libération angolais était soutenu par l’URSS et Cuba ?
A. Le FNLA
B. L’UNITA
C. Le MUNGE
D. Le MPLA
4- Qui est le fondateur du FNLA ?
A. Jonas Savimbi
B. Agostinho Neto
C. Holden Roberto
D. Francisco Macías Nguema
5- En quelle année commence la guerre d’indépendance en Angola ?
A. 1961
B. 1975
C. 1956
D. 1963
6- Quelle révolution a entraîné le retrait du Portugal de ses colonies africaines ?
A. La révolution portugaise de 1932
B. La révolution des Œillets de 1974
C. La révolution marxiste de Lisbonne
D. La révolution des Colonies unies
7- Quelle a été la principale difficulté de la lutte pour l’indépendance en Angola ?
A. Le manque de soutien international
B. La division idéologique entre les mouvements nationalistes
C. La faiblesse militaire du MPLA
D. Le soutien des colonies françaises au Portugal
8- Quelle est la date de proclamation de l’indépendance de l’Angola ?
A. 12 octobre 1968
B. 4 juillet 1976
C. 11 novembre 1975
D. 15 janvier 1972
9- Quel mouvement équato-guinéen a milité pour l’indépendance du pays ?
A. Le FRELIMO
B. Le MUNGE
C. Le PAIGC
D. Le FNLA
10- Quel homme a proclamé l’indépendance de la Guinée équatoriale ?
A. Agostinho Neto
B. Holden Roberto
C. Francisco Macías Nguema
D. Teodoro Obiang Nguema
11- En quelle année la Guinée équatoriale devient-elle autonome ?
A. 1960
B. 1963
C. 1965
D. 1968
12- Quelle affirmation est correcte au sujet de la décolonisation espagnole ?
A. Elle a été aussi violente que celle du Portugal
B. L’Espagne a refusé toute autonomie à ses colonies
C. La décolonisation s’est faite de manière pacifique
D. Elle a été supervisée par les Nations unies uniquement
Réponses aux questions :
1- C
2- C
3- D
4- C
5- A
6- B
7- B
8- C
9- B
10- C
11- B
12- C

