L'émancipation des territoires français : cas de l' Algérie et du Congo-Brazzaville
Introduction
La décolonisation de l’Afrique française, amorcée après la Seconde Guerre mondiale, a pris des formes diverses : certaines furent pacifiques, d'autres violentes. Alors que des pays comme la Guinée, le Mali ou le Congo-Brazzaville accèdent à l’indépendance par des moyens politiques et légaux, d’autres comme le Cameroun ou l’Algérie doivent recourir à la lutte armée face à l’intransigeance de la métropole. L’Algérie et le Congo-Brazzaville illustrent donc ces deux formes de décolonisation : l’une sanglante, l’autre pacifique.
I- La politique coloniale de la métropole
La France possédait un vaste empire colonial en Afrique, composé de différents types de territoires :
Les colonies de peuplement, comme l’Algérie, largement occupées par des Européens.
Les territoires sous mandat ou sous tutelle, comme le Cameroun, que la France devait conduire à l’indépendance selon les accords internationaux.
Les colonies d’exploitation, comme celles de l’Afrique équatoriale et occidentale française.
La politique coloniale française reposait sur plusieurs piliers :
Le système d'administration directe, centralisé et autoritaire.
Le travail forcé, utilisé dans les grandes infrastructures coloniales.
Des inégalités flagrantes entre colons et colonisés (accès aux soins, à l’éducation, à la terre, à la politique).
La division spatiale, avec des quartiers réservés aux Européens dans les villes, mieux dotés en services.
Ces injustices ont nourri un profond ressentiment et contribué à l’émergence du nationalisme africain.
II- L’ÉMANCIPATION DE L’ALGÉRIE
Colonisée en 1830, l’Algérie devient une colonie de peuplement rattachée au Ministère français de l’Intérieur, considérée comme partie intégrante de la France. Pourtant, les inégalités criardes entre la minorité européenne (les Pieds-Noirs) et la majorité indigène arabo-berbère sont omniprésentes. Il y a des inégalités politiques (peu ou pas de représentation pour les Algériens musulmans), les inégalités sociales et économiques (répartition des terres au profit des colons), l' exclusion scolaire et marginalisation culturelle.
Ces frustrations provoquent un éveil des consciences et un essor du nationalisme. Plusieurs mouvements nationalistes se créent en Algérie il s'agit de :
L'union démocratique du manifeste algérien (UDMA) crée en 1946 et dirigé par Ferhat Abbas. Ce mouvement réclame une république algérienne autonome au sein de l’Union Française.
Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali Hadj qui demande l’indépendance immédiate. Il dispose d’une branche armée dirigée par Ahmed Ben Bella.
L'association des oulémas algériens, fondée sur la devise "L’islam est ma religion, l’arabe est ma langue, l’Algérie est ma patrie."
Face au refus de la France d’accorder l’indépendance, la lutte armée commence. Le 1er novembre 1954, on assiste à la création au Caire par Ben Bella du FLN (Front de Libération Nationale). La guerre d'indépendance de l' Algérie est déclenchée. Le conflit s’internationalise. Le FLN est soutenu par l’Égypte et les pays communistes. La France est soutenue par les pays capitalistes.
En 1958, les bombardements français en Tunisie choquent l’opinion internationale. Face à l’enlisement du conflit et aux difficultés françaises à remporter la victoire, De Gaulle, de retour au pouvoir, comprend l’échec militaire. En 1961, un référendum donne une majorité favorable à l’indépendance algérienne. Les colons français habitants l' Algérie (pieds noirs) créent l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète), pour s'opposer à l' indépendance de l' Algérie. L' OAS combat en même temps l' administration coloniale française en Algérie et le FLN.
Le 18 mars 1962, les Accords d’Évian sont signés prévoyant un référendum, tenu le 1er juillet 1962. Le oui à l' indépendance algérienne l' emporte. L' indépendance est proclamée avec pour président Ahmed Ben Bella. La France a perdu la guerre. Les pieds noirs sont expulsés d'Algérie. Les Harkis (Algériens ayant combattu pour la France), sont également expulsés et ne sont pas également intégrés en France.
III- L’ÉMANCIPATION DU CONGO-BRAZZAVILLE
Le Moyen-Congo, futur Congo-Brazzaville, était l’un des quatre territoires de l’Afrique Équatoriale Française (AEF), administré selon le principe de l’assimilation et l’administration directe.
Les prémices du nationalisme :
En 1946, on assiste à la fondation du Parti Progressiste Congolais (PPC) de Jean-Félix Tchicaya, et à l' émergence de leaders comme Fulbert Youlou et Jacques Opangault.
La décolonisation suit celle de l' essentiel des colonies d'Afrique noire française :
1- Conférence de Brazzaville (30 janvier – 8 février 1944). Elle supprime le code de l’indigénat, autorise la création des syndicats.
2- L' Union Française (27 octobre 1946). Elle autorise la création de partis politiques et assemblées régionales dans les colonies.
3- La Loi-cadre Defferre (23 juin 1956). Elle accorde l' autonomie interne avec conseils de gouvernement.
4- Référendum du 28 septembre 1958 (Communauté franco-africaine proposée par De Gaulle). Le Moyen-Congo vote à 99% pour le oui (339 436 voix contre 2133) à la communauté franco-africaine proposée par Charles De Gaulle.
5- Proclamation de l' indépendance
Le 25 août 1960, l' indépendance du Congo Brazzaville est proclamée et l' Abbé Fulbert Youlou devient le premier président du Congo-Brazzaville.
Conclusion
La décolonisation de l’Afrique française fut double : violente pour des pays comme l’Algérie, pacifique pour d’autres comme le Congo-Brazzaville. La France, face à la pression internationale et aux revendications internes, a parfois résisté (Algérie), parfois cédé (AEF et AOF). Mais dans la majorité des cas, les partis politiques africains n’avaient pas prévu l’indépendance immédiate. Mal préparés, souvent choisis par la France pour leur loyauté, les dirigeants nouvellement installés vont plonger l’Afrique noire dans une série de crises politiques, économiques et sociales. La véritable décolonisation, c’est-à-dire celle des mentalités, des systèmes économiques et culturels, reste encore un défi actuel.
Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :
1- Quelle est la principale caractéristique de la décolonisation de l’Algérie ?
A. Pacifique et rapide
B. Violente et prolongée
C. Dirigée par l’ONU
D. Acceptée dès le départ par la France
2- Quelle politique coloniale la France a-t-elle principalement appliquée dans ses colonies africaines ?
A. L’indirect rule
B. La fédération coloniale
C. L’administration directe
D. La gestion autonome des colonies
3- Quel mouvement nationaliste algérien a été fondé par Ferhat Abbas ?
A. FLN
B. MTLD
C. UDMA
D. CRUA
4- Quelle était la devise de l’Association des Oulémas algériens ?
A. La liberté ou la mort
B. Islam, Arabité, Patrie
C. L’islam est ma religion, l’arabe est ma langue, l’Algérie est ma patrie
D. Unité, Dignité, Indépendance
5- Quelle organisation fut à l’origine de l’insurrection armée du 1er novembre 1954 ?
A. MTLD
B. FLN
C. CRUA
D. OAS
6- Quels pays ont principalement soutenu le FLN pendant la guerre d’Algérie ?
A. Les pays capitalistes
B. Les pays de l’OTAN
C. L’Égypte et les pays communistes
D. Les colonies françaises
7- Quel événement international a contribué à l’internationalisation de la guerre d’Algérie ?
A. La mort de De Gaulle
B. La création de l’ONU
C. Le bombardement d’un camp de l’ALN en Tunisie par la France
D. L’exil de Messali Hadj
8- Quelle organisation terroriste opposée à l’indépendance algérienne fut créée par les pieds-noirs ?
A. FLN
B. ALN
C. OAS
D. MTLD
9- Quelle date marque la signature des accords d’Évian ?
A. 1er juillet 1962
B. 5 juillet 1960
C. 18 mars 1962
D. 28 septembre 1958
10- Qui fut le premier président de l’Algérie indépendante ?
A. Ferhat Abbas
B. Ahmed Ben Bella
C. Houari Boumédiène
D. Messali Hadj
11- Le Moyen-Congo faisait partie de quelle fédération coloniale française ?
A. AOF
B. DOM-TOM
C. AEF
D. CFAO
12- Qui est le fondateur du Parti Progressiste Congolais (PPC) ?
A. Fulbert Youlou
B. Jean-Félix Tchicaya
C. Jacques Opangault
D. Félix Houphouët-Boigny
13- Quelle loi coloniale française de 1956 accorde l’autonomie interne aux TOM ?
A. Loi Lamine Guèye
B. Loi Defferre
C. Loi Houphouët
D. Loi Blum
14- Quel pourcentage de Congolais a voté “oui” au référendum du 28 septembre 1958 ?
A. 75 %
B. 80 %
C. 99 %
D. 50 %
15- En quelle année le Congo-Brazzaville accède-t-il à l’indépendance ?
A. 1958
B. 1962
C. 1960
D. 1956
16- Quel est le nom du premier président du Congo-Brazzaville ?
A. Marien Ngouabi
B. Denis Sassou Nguesso
C. Fulbert Youlou
D. Jean-Félix Tchicaya
17- Quelle conférence coloniale française a autorisé la création de syndicats et supprimé le code de l’indigénat ?
A. Conférence de Bandoeng
B. Conférence de Yalta
C. Conférence de Brazzaville
D. Conférence de Casablanca
18- Selon la conclusion du cours, quel problème persiste après les indépendances africaines ?
A. Le retour des colons
B. La nationalisation des entreprises
C. La question de la véritable décolonisation
D. Le retour à l’administration directe
Réponses aux questions :
1- B
2- C
3- C
4- C
5- C
6- C
7- C
8- C
9- C
10- B
11- C
12- B
13- B
14- C
15- C
16- C
17- C
18- C

