L'inconscient : définition, valeur et limites de la psychanalyse freudienne
Introduction
L’inconscient désigne les éléments psychiques qui échappent au contrôle de la conscience d’un individu, mais qui influencent pourtant ses pensées, ses émotions et ses actions. Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse, est le premier à avoir systématisé et expliqué ce phénomène à travers une théorie cohérente de l’appareil psychique. Pour lui, une grande partie de notre vie mentale se déroule hors du champ de la conscience. Mais cette conception, bien que révolutionnaire, présente aussi des limites.
I – Existence de l’inconscient
1- La conscience a des limites
Freud montre que la conscience ne contrôle pas tout. De nombreux actes, pensées et attitudes échappent à la vigilance consciente. Il écrit : « Les données de la conscience sont extrêmement lacunaires », signifiant que la conscience ne nous donne qu’une partie de notre vie psychique.
Les oublis, les erreurs, les automatismes en sont la preuve.
2- L’inconscient est une réalité
Face à ces phénomènes irrationnels ou incompréhensibles, Freud affirme qu’il est nécessaire de supposer une autre instance psychique. Il écrit : « L’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime ». Sans elle, on ne peut expliquer certains comportements comme les traumas, les phobies, ou les répétitions de comportements destructeurs.
3- L’inconscient domine le psychisme humain
Freud ne se contente pas d’affirmer l’existence de l’inconscient : il dit qu’il domine la vie psychique. C’est pourquoi il écrit : « Le moi est une pauvre créature. » Il ajoute : « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison. » Cela signifie que la conscience est faible face aux forces inconscientes. Paul Valéry renchérit : « La conscience règne mais ne gouverne pas. »
II – Les manifestations de l’inconscient
Pour Freud, l’inconscient se manifeste de plusieurs manières.
1- Le rêve
Avant Freud, les rêves étaient interprétés comme des messages mystiques. Freud rejette cette idée. Pour lui, le rêve est la réalisation déguisée d’un désir refoulé. Il écrit : « Le rêve est la voie royale vers l’inconscient. » Les rêves permettent d’accéder aux désirs inavoués, souvent liés à la sexualité, à l’agressivité ou aux traumatismes.
2- Les lapsus
Le lapsus est une erreur de langage révélatrice. Par exemple, vouloir dire Donfack, on dit Haminou. Freud pense que ce n’est pas un hasard, mais l’expression involontaire d’un désir ou d’une pensée refoulée.
3- Les perversions
La perversion consiste à ramener systématiquement toutes les discussions vers un même sujet, généralement sexuel.
Pour Freud, ces comportements montrent que certains désirs refoulés cherchent constamment à se manifester.
4- Les névroses et les psychoses
Il s’agit de dérèglements mentaux (peurs irrationnelles, obsessions, hallucinations…). Pour Freud, ces troubles révèlent les conflits internes entre le ça, le moi et le surmoi. Un malade mental n’est pas conscient de ses actes. Son comportement est dominé par les forces inconscientes.
III – La théorie de la psychanalyse freudienne
1- La structure de l’esprit
Freud distingue trois instances psychiques : le ça, le moi et le surmoi.
a) Le surmoi
C’est le siège des interdits, des normes sociales et des valeurs morales. Le surmoi représente la loi intérieure, héritée de l’éducation et de la société. Il juge, culpabilise, interdit.
b) Le ça
C’est le réservoir des pulsions inconscientes : pulsions sexuelles, pulsions agressives, pulsions de mort. Il cherche la satisfaction immédiate, sans tenir compte de la morale ni du réel. Le ça obéit au principe de plaisir.
c) Le moi
Le moi est l’instance consciente et rationnelle. Il cherche à concilier les exigences du ça et les interdits du surmoi. Il obéit au principe de réalité. Pour Freud, le moi est pris en tenaille : le surmoi l’écrase par la culpabilité, le ça le pousse par le désir. D’où la formule freudienne : « Le moi est une pauvre créature. »
2- Les mécanismes de défense
Pour maintenir l’équilibre psychique, le moi utilise des mécanismes de défense.
a) Le refoulement
C’est repousser dans l’inconscient les désirs inacceptables. C’est le mécanisme central de la psychanalyse.
b) La projection
Attribuer à autrui des pensées ou des désirs que l’on refuse d’admettre en soi. Exemple : accuser quelqu’un de mensonge alors que soi-même on souhaite mentir.
c) La sublimation
Transformer les pulsions interdites en activités valorisées socialement : l’art, la création, la recherche, le sport. Freud pensait que la civilisation repose en grande partie sur la sublimation.
IV – Les limites de la psychanalyse freudienne
1- L’inconscient comme un mythe (critique d’Alain)
Pour Alain, l’inconscient n’existe pas. Il écrit : « L’inconscient est un mythe dangereux. » Pour lui, l’homme est toujours conscient de ce qu’il fait. Dire que des forces inconscientes nous déterminent revient à nier la responsabilité humaine. L' idée d'un autre moi (l'inconscient) qui nous dirigerait est une erreur. Il soutient plutôt que l'être humain possède une liberté de choix, même s'il est influencé par des éléments tels que ses pulsions et ses habitudes. Accepter l' existence de l' inconscient pour Alain c'est mépriser la conscience. Il écrit : «l'inconscient est une méprise sur le Moi, c'est une idolâtrie du corps». C'est surestimer le corps et ses besoins.
2- L’inconscient comme mauvaise foi (critique de Sartre)
Jean-Paul Sartre rejette radicalement Freud. Pour lui, l’homme est libre, responsable, et auteur de ses choix. L’inconscient est selon lui un prétexte pour fuir ses responsabilités. Il écrit : « L’homme est liberté. » Pour Sartre, nous devons assumer nos actes au lieu de les attribuer à des pulsions inconnues.
Conclusion
La psychanalyse freudienne a bouleversé la compréhension du psychisme humain en révélant l’importance des forces inconscientes. Elle a permis de mieux comprendre les rêves, les troubles mentaux et les conflits internes. Mais elle présente également des limites, notamment parce qu’elle peut être utilisée comme une excuse face à la responsabilité morale et parce que certains philosophes contestent la réalité même de l’inconscient. Malgré tout, Freud demeure l’un des penseurs majeurs du fonctionnement profond de l’esprit humain.
Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :
1- L’inconscient désigne :
A. Ce que l’homme connaît parfaitement
B. Les éléments psychiques échappant à la conscience
C. Les pensées logiques de la conscience
D. Les actes volontaires
2- Pour Freud, les données de la conscience sont :
A. Complètes
B. Totalement fiables
C. Lacunaires
D. Illusoires
3- Quand Freud dit « l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime », il veut dire que :
A. L’inconscient est une invention poétique
B. L’inconscient explique des phénomènes inexplicables par la conscience
C. L’inconscient est une illusion
D. La conscience suffit à tout expliquer
4- Selon Freud, « le moi n’est pas maître dans sa propre maison » signifie que :
A. Le moi dirige tout
B. Le surmoi domine totalement
C. L’inconscient influence fortement la conscience
D. Le moi est indépendant
5- Pour Paul Valéry, la conscience :
A. Gouverne tout
B. Règne mais ne gouverne pas
C. Ne sert à rien
D. Est omnisciente
6- Le rêve, selon Freud, est :
A. Une invention mystique
B. Une perte d’énergie
C. L’expression déguisée d’un désir refoulé
D. Un phénomène sans valeur
7- Freud appelle le rêve :
A. Le chemin de la chance
B. La voie royale vers l’inconscient
C. Le miroir de l’âme
D. L’illusion de la nuit
8- Le lapsus est :
A. Une maladie mentale
B. Une erreur de langage révélant un désir inconscient
C. Une hallucination
D. Un souvenir d’enfance
9- Les perversions, chez Freud, consistent à :
A. Se tromper de nom
B. Ramener tout débat vers un même sujet, souvent sexuel
C. Dormir beaucoup
D. Perdre la mémoire
10- Les névroses et psychoses sont :
A. Des troubles mineurs
B. Des dérèglements mentaux révélant des conflits psychiques
C. Des états parfaitement conscients
D. Des choix volontaires
11- Le surmoi représente :
A. Les pulsions
B. La morale et les interdits sociaux
C. L’imagination
D. Les désirs refoulés
12- Le ça est :
A. Le siège de la raison
B. Le siège des pulsions et désirs refoulés
C. L’instance morale
D. L’instance logique
13- Le moi cherche :
A. À satisfaire le ça sans limites
B. À obéir exclusivement au surmoi
C. À concilier ça et surmoi
D. À supprimer le surmoi
14- Le moi obéit au :
A. Principe de plaisir
B. Principe de réalité
C. Principe de punition
D. Principe de liberté
15- Le refoulement consiste à :
A. Exprimer les désirs refoulés
B. Repousser les désirs inacceptables dans l’inconscient
C. Accuser les autres de ses fautes
D. Oublier volontairement
16- La projection consiste à :
A. Transformer ses pulsions en art
B. Attribuer à autrui ses propres pensées inavouées
C. Dormir profondément
D. Méditer
17- La sublimation consiste à :
A. Transformer les pulsions en activités socialement acceptées
B. Refouler les désirs
C. Faire souffrir le moi
D. Détruire les règles morales
18- Pour Alain, l’inconscient est :
A. Une évidence scientifique
B. Un mythe dangereux
C. Une force naturelle
D. Un outil thérapeutique indiscutable
19- Pour Sartre, l’inconscient est :
A. Une invention utile
B. Une justification de la mauvaise foi
C. Une réalité biologique
D. Une légende religieuse
20- Pour Sartre, l’homme est avant tout :
A. Déterminé
B. Écrasé par les pulsions
C. Liberté
D. Manipulé par ses rêves
Réponses aux questions :
1-B
2-C
3-B
4-C
5-B
6-C
7-B
8-B
9-B
10-B
11-B
12-B
13-C
14-B
15-B
16-B
17-A
18-B
19-B
20-C


