Les grandes figures du nationalisme camerounais : les hommes et leurs œuvres

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Introduction

L’histoire du Cameroun indépendant est profondément marquée par l’action de figures emblématiques du nationalisme. Parmi celles-ci, Ruben Um Nyobè et John Ngu Foncha occupent une place centrale. Ces deux hommes ont, chacun à sa manière, incarné les aspirations profondes du peuple camerounais : la liberté, l’unité et la souveraineté. Alors que l’un mène une lutte armée et radicale contre le colonialisme, l’autre choisit la voie de la modération, du dialogue et des institutions internationales. Ensemble, ils ont posé les fondations politiques, idéologiques et morales du Cameroun moderne, bien que leurs visions aient été trahies ou inachevées.

I- Le point de convergence entre les deux figures

Malgré des méthodes opposées, Ruben Um Nyobè et John Ngu Foncha partagent un même idéal fondamental : la réunification des deux Cameroun (le Cameroun oriental sous tutelle française et le Cameroun occidental sous tutelle britannique). Après la défaite de l’Allemagne en 1918, l’ancienne colonie du Kamerun est divisée entre la France et la Grande-Bretagne. Cette partition, vécue comme un démembrement injuste, nourrit dans les deux parties du Cameroun une volonté de restaurer l’unité territoriale du pays.

Des leaders anglophones comme Foncha préfèrent d’ailleurs utiliser le terme “Kamerun” plutôt que le mot anglais “Cameroon”, pour rappeler le passé unitaire sous la colonisation allemande. De son côté, Um Nyobè, à travers l’UPC, fait de la réunification un pilier de son programme politique.

Les deux hommes se rendront devant la Commission de tutelle de l’ONU pour plaider la cause d’un Cameroun uni et indépendant, preuve de leur foi dans les mécanismes internationaux pour faire respecter les droits des peuples.

L’UPC, dès sa création en 1948, fait de la réunification et de l’indépendance immédiate ses revendications centrales.

Le KNDP de Foncha, fondé en 1955, adopte une position similaire dans le cadre du plébiscite du 11 février 1961, en soutenant le rattachement du Cameroun britannique au Cameroun oriental.

Pourtant, la réunification réalisée sous le régime autoritaire d’Ahmadou Ahidjo, à travers un système fédéral puis un État unitaire centralisé, trahit les espoirs des deux leaders. La marginalisation des anglophones pousse Foncha à contester cette réunification et à se rapprocher, plus tard, des revendications sécessionnistes.

II- Ruben Um Nyobè : Le Mpodol, le martyr de l’indépendance

Né le 10 avril 1913 à Song Mpeck (Centre), surnommé le Mpodol ("celui qui porte la parole des siens", en bassa), Um Nyobe est un intellectuel engagé issu d’un milieu modeste. Il accède à l’école presbytérienne, puis devient fonctionnaire. Son engagement débute dans les milieux syndicaux et intellectuels, notamment dans le Cercle d’études marxistes fondé à Yaoundé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il milite pour l’égalité salariale, la fin de la discrimination raciale et la fin du colonialisme.

1- Fondateur de l’UPC et défenseur du droit international

Il devient secrétaire général de l’Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (USCC) en 1947. Il participe au congrès fondateur du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) à Bamako en 1946. Il est porté à la tête de l’UPC en 1948, avec comme objectifs : l’indépendance immédiate, la réunification des deux cameroun, et l’amélioration des conditions de vie des camerounais.

Um Nyobè croit fermement dans les mécanismes juridiques internationaux. Entre 1952 et 1954, il intervient trois fois à l’ONU pour dénoncer la colonisation du Cameroun et demander la fin du régime de tutelle et l' indépendance.

2- Vers la lutte armée

Le combat à l' ONU pour la fin de la colonisation ne porte pas de fruits. L' administration coloniale intensifie la répression de l' UPC, ce qui conduit aux émeutes de mai 1955, réprimées dans le sang par l' administration coloniale. L' UPC est accusé d'être responsable des émeutes et interdite. L’ONU reste silencieuse, et la répression française devient brutale.

En 1956, l’UPC ne peut pas participer aux élections législatives. Elle fonde une branche armée : le Comité National d’Organisation (CNO). Um Nyobè qui n' avait pas voulu la guerre entre en clandestinité, crée une administration parallèle, et devient chef de la résistance armée dans le maquis.

3- Mort et postérité

Assassiné le 13 septembre 1958, son cadavre est exposé publiquement, et son nom interdit jusqu’aux années 1990. Il sera réhabilité officiellement par la loi 91/022 du 16 décembre 1991. Aujourd’hui, Ruben Um Nyobè est reconnu comme héros national, symbole du patriotisme et du sacrifice ultime.

III- John Ngu Foncha : le modéré désillusionné

Né le 21 juin 1916 à Bamenda (Nkwen), John Ngu Fontcha est enseignant, puis syndicaliste au sein du Nigerian Union of Teachers.

1- Débuts en politique

Membre du Kamerun National Congress (KNC) d’Endeley, il le quitte en 1955 en désaccord sur la question de la réunification avec le Cameroun oriental. Il fonde alors le Kamerun National Democratic Party (KNDP), favorable à la réunification.

2- Premier ministre et promoteur de la réunification

En 1959, il est élu Premier ministre du Southern Cameroons. En 1961, après un référendum supervisé par l’ONU, le Southern Cameroons vote pour la réunification avec le Cameroun oriental. Fontcha devient alors Premier ministre de l’État fédéré du Cameroun occidental et Vice-président du Cameroun fédéral.

3- Désillusion et critique du régime

1966 marque la fin du multipartisme. Le KNDP entre dans l’UNC d’Ahidjo. En 1970, Foncha quitte la vice-présidence.

Dans les années 80-90, il devient très critique de la marginalisation des anglophones, quitte le RDPC, et rejoint les mouvements sécessionnistes, notamment le Conseil national du Sud Cameroun. En 1994, il se rend à l’ONU pour demander plus d’autonomie. Il meurt à Bamenda le 10 avril 1999.

Foncha reste une figure ambivalente : père de la réunification, mais aussi désabusé face à ses dérives. Son parcours illustre la trahison des promesses fédérales et les tensions qui persistent dans la gestion de l’unité nationale camerounaise.

Conclusion

Ruben Um Nyobè et John Ngu Foncha, bien que très différents par leurs méthodes, sont unis par un même rêve : un Cameroun libre, souverain et uni. Si Um Nyobè est le symbole du nationalisme radical et sacrificiel, Foncha incarne la lutte modérée et institutionnelle. Pourtant, tous deux connurent l’échec de leur vision : la réunification, bien que réalisée, produisit de nouvelles frustrations et dérives autoritaires. Leur mémoire invite les Camerounais à repenser le vivre-ensemble, la justice et la reconnaissance mutuelle dans un État véritablement inclusif et équitable.

Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :

1- Quel est le principal point commun entre Ruben Um Nyobè et John Ngu Foncha ?
A. Leur appartenance au même parti politique
B. Leur foi dans le modèle britannique
C. Leur volonté de réunification des deux Cameroun
D. Leur opposition à toute idée de tutelle internationale

2- Que signifie le surnom “Mpodol” attribué à Ruben Um Nyobè ?
A. L’homme qui lutte
B. Celui qui parle beaucoup
C. Celui qui porte la parole des siens
D. Le chef du peuple

3- Quelle institution internationale Ruben Um Nyobè et John Ngu Foncha ont-ils tous deux saisi pour faire avancer la cause de la réunification ?
A. L’Union africaine
B. L’OTAN
C. Le Conseil de l’Europe
D. L’Organisation des Nations Unies (ONU)

4- Quel parti politique Ruben Um Nyobè a-t-il dirigé à partir de 1948 ?
A. KNDP
B. USCC
C. KNC
D. UPC

5- Quel fut le principal moyen de lutte choisi par Ruben Um Nyobè au départ pour obtenir l’indépendance du Cameroun ?
A. La guérilla armée
B. Les actions de sabotage
C. Le recours au droit international et aux pétitions
D. La collaboration avec l’administration coloniale

6- Pourquoi John Ngu Foncha quitte-t-il le Kamerun National Congress (KNC) ?
A. Parce qu’il voulait devenir président
B. À cause d’un désaccord sur la réunification
C. Parce qu’il a été exclu
D. Parce qu’il souhaitait rejoindre l’UPC

7- En quelle année Ruben Um Nyobè est-il assassiné par l’armée française ?
A. 1960
B. 1955
C. 1958
D. 1947

8- Quelle position John Ngu Foncha occupait-il après la réunification du Cameroun en 1961 ?
A. Président du Cameroun
B. Ministre des Finances
C. Premier ministre de l’État fédéré du Cameroun occidental et vice-président de la République
D. Chef d’état-major de l’armée

9- Quel fut le principal reproche de Foncha envers le régime d’Ahidjo après la réunification ?
A. La mauvaise gestion des ressources naturelles
B. Le non-respect du multipartisme
C. La marginalisation des régions anglophones
D. L’exclusion des femmes en politique

10- Quelle action Foncha mène-t-il en 1994 concernant la cause anglophone ?
A. Il prend les armes contre Yaoundé
B. Il revient au RDPC
C. Il dépose une plainte à la Cour pénale internationale
D. Il conduit une délégation à l’ONU pour demander plus d’autonomie

Réponses aux questions :
1- C
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3- D
4- D
5- C
6- B
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