Le nationalisme camerounais après la deuxième guerre mondiale

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Introduction

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le monde entre dans une nouvelle ère marquée par la montée des mouvements de libération dans les colonies. Le Cameroun, territoire sous tutelle de l’ONU confié à la France et à la Grande-Bretagne, n’échappe pas à cette dynamique. Plusieurs facteurs vont raviver le nationalisme camerounais : les frustrations engendrées par le système colonial, le goût croissant pour la liberté, la violation des accords de tutelle par les puissances administrantes, le rôle actif des Camerounais dans la guerre aux côtés des Alliés, ainsi que l’influence des organisations internationales comme l’ONU.

Face à l'oppression coloniale, les Camerounais développent une conscience politique forte, exprimée à travers les syndicats, les associations, les partis politiques, l’action diplomatique à l’ONU et la lutte armée. Ainsi, le nationalisme camerounais prend deux visages : modéré, avec des leaders favorables à une évolution progressive sous tutelle, et radical, incarné par l’UPC, qui réclame l'indépendance immédiate et la réunification des deux Cameroun.

I- LES MANIFESTATIONS DU NATIONALISME DANS LE CAMEROUN FRANÇAIS

1- Les syndicats et associations : les premiers foyers de revendication

Avant même le début de la Seconde Guerre mondiale, la France, craignant que le sentiment germanophile des Camerounais ne les pousse à combattre du côté de l'Allemagne, crée la JEUCAFRA (Jeunesse Camerounaise Française). Sa mission est de vanter les bienfaits de la France coloniale.

Mais au fil des tournées à travers le pays, les jeunes militants découvrent la pauvreté, les abus coloniaux, et la misère de leurs compatriotes. Le discours colonial s'effondre à leurs yeux. En 1945, ces jeunes transforment la JEUCAFRA en UNICAFRA (Union Camerounaise Française), un mouvement désormais tourné vers la cause nationale. En 1947, l’UNICAFRA devient le RACAM (Rassemblement Camerounais), qui se structure comme un embryon d’État, avec un organe législatif et un exécutif. Face à cette organisation perçue comme une menace, la France engage une répression violente et démantèle le RACAM.

Dans le même temps, les syndicats s’organisent. Ils se regroupent au sein de l'USCC (Union des Syndicats Confédérés du Cameroun), qui organise la grande grève de septembre 1945. Cette grève, qui débouche sur des émeutes, exige de meilleures conditions de vie et de travail. Elle dénonce également une tentative de mise en place d’un système d’apartheid au Cameroun, inspiré de celui d’Afrique du Sud. Cette contestation populaire marque une étape majeure dans la mobilisation contre la domination française.

2- Les partis politiques et l’action diplomatique

Après l’échec du RACAM, une nouvelle génération de nationalistes fonde l’Union des Populations du Cameroun (UPC) le 10 avril 1948. Le parti se donne pour objectifs :

L' amélioration des conditions de vie des camerounais,

La réunification des deux Cameroun (français et britannique),

L’indépendance immédiate, sans transition coloniale.

L’UPC adhère au Rassemblement Démocratique Africain (RDA), réseau panafricain de partis anticoloniaux. Rapidement, le parti gagne une immense popularité grâce à ses leaders comme Ruben Um Nyobè, Félix Moumié, Ernest Ouandié et Abel Kingué.

Face à cette menace pour sa domination, la France crée des partis politiques rivaux pour contenir l’UPC, mais aucun ne parvient à s’imposer. 

3- Le nationalisme camerounais à l’ONU : la diplomatie militante

En même temps que l' UPC mène la lutte politique au pays par des meetings populaires, dénonciations et rassemblements, elle mène aussi une lutte diplomatique intense auprès de l’Organisation des Nations Unies, dont la France est tenue de respecter les principes dans sa gestion du Cameroun. Dès 1952, Ruben Um Nyobè, en tant que secrétaire général de l’UPC, se rend à New York devant la 4e commission de l’ONU. Il y exige :

La réunification immédiate du Cameroun,

La modification des accords de tutelle,

La fixation d’un délai pour l’indépendance.

Son discours est combattu par des leaders pro-français comme Charles-René Guy Okala et Alexandre Douala Manga Bell, qui soutiennent que la France accomplit correctement sa mission de tutelle. En 1953 et 1954, Bisseck Guillaume (ESOCAM) et Daniel Kemajou (ATCAM) jouent le même rôle de contre-feu. 

Les interventions de l’UPC à l’ONU ont néanmoins un fort impact : elles obligent le Conseil de tutelle à envoyer plusieurs missions d’enquête au Cameroun pour vérifier la véracité des accusations.

4- La lutte armée de l' UPC et la collaboration des autres forces politiques 
Face à la pression de l' UPC, la France décide de sortir le parti du jeu politique Camerounais. Après les violentes émeutes de mai 1955, le Haut-Commissaire français Roland Pré prononce la dissolution de l’UPC le 13 juillet 1955. Les militants du parti entrent alors dans la clandestinité et optent pour la lutte armée pour l' indépendance. La répression de l’UPC pousse à la militarisation de la lutte. Deux principales forces armées émergent :

Le SDNK (Sinistre  de Défense Nationale du Kamerun), dirigé par Martin Singap, Jérémie Ndéléné et Paul Momo.

Le CNO (Comité National d'Organisation), dirigé par Pandjock Nyobè.

En 1958, sous l’impulsion de Félix Moumié, les deux forces armées fusionnent pour former l’ALNK (Armée de Libération Nationale du Kameroun), placée sous le commandement de Martin Singap. Cette armée affronte l' armée française pour exiger l' indépendance que l' UPC n' a pas pu avoir par voie diplomatique.

Parallèlement à la lutte armée, d'autres partis politiques, plus modérés, collaborent avec la France. Il s'agit de :

ESOCAM (Évolution Sociale Camerounaise) de Pierre Dimalla,

Bloc Démocratique Camerounais de Louis-Paul Aujoulat (fondé en 1951),

Union Sociale Camerounaise de Charles-René Guy Okala (créée en 1954).

Face à la pression militaire de l' UPC,  la France décidé d'accorder l' indépendance, en refusant obstinément de négocier avec l' UPC. Elle décide plutôt de céder l’indépendance à des personnalités modérées et favorables à ses intérêts, tout en poursuivant la répression contre les militants armés.

II- LES MANIFESTATIONS DU NATIONALISME DANS LE CAMEROUN ANGLAIS

1- L’émergence des partis et des associations

Dans le Cameroun britannique, le nationalisme s’organise aussi à travers :

La Cameroon Youth League de Paul Kale,

La Cameroon National Federation,

Et surtout le Kamerun National Congress (KNC) de Emmanuel Endeley, rassemblant l’essentiel des leaders du territoire.

À ces partis s’ajoutent le :

One Kamerun de Ndeh Ntumazah,

Le Kamerun National Democratic Party (KNDP) de John Ngu Foncha.

Tous ces partis exercent une pression sur l’autorité coloniale britannique, notamment à travers les conférences constitutionnelles.
 
2- Les réformes constitutionnelles et les conférences

La Constitution Richard (1946). Elle fait du Nigéria une fédération à trois États. Le Southern Cameroons obtient des représentants aux niveaux régional et fédéral.

La Constitution Macpherson (1951). Elle accorde 13 sièges aux Camerounais britanniques à l'assemblée régionale, 2 au gouvernement fédéral et 6 à l’assemblée de Lagos. Des conférences à Londres en 1957 et 1958 désignent successivement :

Dr Emmanuel Endeley, Premier ministre du Southern Cameroons (1958),

Puis John Ngu Foncha, à l’issue des élections de janvier 1959.

3- Les divisions sur l’avenir du Cameroun britannique

Deux grandes orientations s’opposent :

Le KNC d’Endeley milite pour le rattachement au Nigéria,

Le KNDP de Foncha prône la réunification avec le Cameroun français.

Le Conseil de tutelle de l’ONU envoie des missions d’enquête pour écouter les revendications locales. Les positions demeurent opposées. Pour trancher, l’ONU organise un plébiscite le 11 février 1961 :

Le Northern Cameroons vote pour le rattachement au Nigéria,

Le Southern Cameroons choisit la réunification avec le Cameroun français.

Le 1er octobre 1961, le Southern Cameroons devient indépendant et s'unit au Cameroun français pour former la République fédérale du Cameroun.

Conclusion

Le Cameroun accède à l'indépendance dans un contexte conflictuel. Le nationalisme camerounais, marqué par le militantisme syndical, l’action diplomatique et la lutte armée, est porté par des figures comme Um Nyobè, Moumié, et Singap.

Mais l’indépendance est octroyée à des leaders proches de la France, et non négociée avec les véritables nationalistes de l’UPC, encore en guerre.

Dans le Cameroun anglophone, l’ONU tranche la question du rattachement par le plébiscite de 1961, mais ne garantit pas une réelle égalité dans la fédération. Ce déséquilibre va alimenter un profond sentiment de marginalisation chez les anglophones.

Ainsi, le Cameroun sort de la tutelle divisé : avec une guerre au Cameroun français et des tensions latentes dans la zone anglophone. Ces tensions finiront aussi par céder en guerre actuelle dans ces régions anglophones. Les défis de construction nationale sont immenses, dans un climat de répression, de méfiance et d'inachevés historiques.

Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :

1- Quelle est l’une des causes majeures de la résurgence du nationalisme camerounais après 1945 ?
A. La rivalité entre l’UPC et le BDC
B. Le retour des Camerounais formés en Europe
C. Les frustrations coloniales et la participation des Camerounais à la Seconde Guerre mondiale
D. La victoire allemande en Afrique

2- Quelle organisation a été créée par la France pour contrer un éventuel soutien des Camerounais à l'Allemagne ?
A. RACAM
B. JEUCAFRA
C. USCC
D. UPC

3- Quelle est la particularité du RACAM fondé en 1947 ?
A. C’est un syndicat rural.
B. Il agit comme un État autonome avec ses propres structures de gouvernement.
C. Il organise la grève de 1945.
D. Il est soutenu par la France.

4- Quel événement important est organisé par les syndicats en 1945 ?
A. La création de l’UPC
B. Une mission diplomatique à l’ONU
C. Une grève qui vire à l’émeute contre l’instauration de l’apartheid
D. Un congrès pour soutenir la colonisation

5- L’Union des Populations du Cameroun (UPC) est créée en :
A. 1945
B. 1946
C. 1948
D. 1951

6- Quel est le principal objectif de l’UPC ?
A. Une autonomie dans le cadre français
B. La francisation du Cameroun
C. L’indépendance immédiate et la réunification des deux Cameroun
D. L’intégration au Nigéria

7- Quelle conséquence suit les émeutes de mai 1955 ?
A. La dissolution du RACAM
B. L’interdiction de l’USCC
C. La dissolution de l’UPC par Roland Pré
D. Le rattachement du Cameroun à la France

8- Quel leader de l’UPC a prononcé un discours à l’ONU en 1952 ?
A. Félix Moumié
B. Martin Singap
C. Ruben Um Nyobè
D. Paul Momo

9- Quel parti politique camerounais était favorable à la position française et contre l’indépendance immédiate ?
A. UPC
B. ESOCAM
C. ALNK
D. SDNK

10- L’armée de libération nationale du Cameroun (ALNK) est créée en :
A. 1955
B. 1958
C. 1960
D. 1961

11- Dans le Cameroun britannique, quel parti prônait le rattachement au Nigéria ?
A. KNDP
B. KNC
C. One Kamerun
D. UPC

12- Quelle organisation politique du Cameroun britannique prônait la réunification avec le Cameroun français ?
A. KNC
B. Cameroon Youth League
C. KNDP
D. Southern Kamerun Liberation Front

13- Quelle date marque le plébiscite supervisé par l’ONU pour décider du sort du Cameroun britannique ?
A. 1er octobre 1960
B. 11 février 1961
C. 13 juillet 1955
D. 24 janvier 1959

14- Quelles sont les conséquences du plébiscite du 11 février 1961 ?
A. Le Cameroun devient un État unitaire
B. Le Northern Cameroon rejoint le Cameroun français
C. Le Southern Cameroon rejoint le Cameroun français et le Northern le Nigéria
D. Les deux Cameroun britanniques rejoignent le Nigéria

15- Quel était le problème fondamental après la création de la République fédérale du Cameroun en 1961 ?
A. L’UPC a été réhabilitée
B. Les anglophones se sentaient marginalisés dans la nouvelle union
C. L’unité nationale était parfaitement réalisée
D. L’ONU a dirigé le pays jusqu’en 1970

Réponses aux questions :
1 – C
2 – B
3 – B
4 – C
5 – C
6 – C
7 – C
8 – C
9 – B
10 – B
11 – B
12 – C
13 – B
14 – C
15 – B