La vie des camerounais dans le territoire sous mandat anglais
Introduction
À la suite de la Première Guerre mondiale, le Cameroun, ancienne colonie allemande, fut placé sous mandat de la Société des Nations. La partie occidentale, appelée Cameroun britannique, fut administrée par le Royaume-Uni à partir du Nigeria. Cette région, divisée en deux zones principales (Northern Cameroon et Southern Cameroon), subit une administration indirecte et un faible intérêt de l’Angleterre. Ce contexte influença les structures politiques, économiques et sociales du territoire, tout en instaurant des dynamiques distinctes par rapport au Cameroun français.
I- Une administration indirecte, mais contraignante
1- Le système de l’Indirect Rule
Le Royaume-Uni appliqua l’indirect rule, un mode de gouvernance qui reposait sur les chefs traditionnels locaux. Ces derniers étaient responsables de l’administration quotidienne sous la supervision des administrateurs coloniaux britanniques. Dans le Southern Cameroon par exemple, des chefs comme ceux des peuples Bakweri ou Bafut jouèrent un rôle clé dans la gestion locale. Les chefs locaux devaient collecter des impôts, appliquer les lois britanniques et maintenir l’ordre.
2- Un système controversé
Si certains chefs traditionnels jouissaient d’un pouvoir renforcé grâce au soutien britannique, d’autres furent imposés par l’administration, créant des tensions avec les populations locales. Dans certaines régions, les chefs imposés furent accusés de corruption et de servir leurs propres intérêts au détriment des populations. Ce système créa un sentiment de marginalisation chez certains groupes, notamment les jeunes et les classes populaires.
3- Une double dépendance politique
Le Cameroun britannique était administré comme une annexe du Nigeria, et les décisions majeures concernant le territoire étaient prises à Lagos. Cela renforça l’idée que cette région était une périphérie négligée par la métropole britannique.
II- Une exploitation économique limitée
1- Faible investissement britannique
Contrairement au Cameroun français, où les infrastructures (routes, chemins de fer, ports) furent développées pour soutenir une exploitation économique intensive, le Cameroun britannique ne reçut que peu d’investissements. Les routes construites étaient souvent rudimentaires et destinées à relier les zones agricoles aux ports nigérians.
2- Agriculture de subsistance et exploitation modérée
L’économie resta dominée par l’agriculture, mais à une échelle moins industrielle que dans la partie française. Les cultures principales incluaient : Le cacao, produit en petite quantité par les paysans locaux ainsi que les es cultures vivrières comme le maïs, le manioc et les ignames, principalement pour la consommation locale.
3- Migration vers le Cameroun français et le Nigeria
De nombreux Camerounais quittèrent la région britannique pour chercher du travail dans les plantations et les chantiers du Cameroun français ou dans les grandes villes du Nigeria (Lagos, Calabar). Les Bakweri par exemple, initialement impliqués dans les plantations allemandes, migrèrent vers le Cameroun français où les opportunités économiques étaient plus nombreuses.
III- Une vie sociale marquée par les missions et le manque d’infrastructures
1- Éducation limitée et dépendance aux missions religieuses
L’éducation dans le Cameroun britannique fut laissée presque entièrement aux missionnaires, notamment protestants, tels que les Presbytériens écossais. Les Écoles Presbytériennes de Buea et Kumba par exemple formaient des élèves à des niveaux primaires et secondaires limités. Le contenu éducatif mettait l’accent sur la religion et l’apprentissage de l’anglais, avec peu de matières techniques ou scientifiques.
2- Accès restreint aux études supérieures
Pour poursuivre des études supérieures, les Camerounais devaient aller au Nigeria, mais seuls les plus aisés pouvaient se le permettre. John Ngu Foncha, figure politique majeure de cette partie du Cameroun, fut formé dans des écoles nigérianes avant de devenir un acteur clé dans les revendications autonomistes du Southern Cameroon.
3- Problèmes de santé publique
L’administration britannique investit peu dans les infrastructures sanitaires. Les missions religieuses étaient également responsables des services de santé, offrant des soins de base dans des cliniques rudimentaires. Les campagnes de vaccination furent rares, laissant les populations vulnérables à des épidémies comme la variole et le paludisme.
IV- Des répercussions politiques et culturelles
1- Développement d’une identité anglophone
Malgré les défis, la politique britannique introduisit l’usage de l’anglais et une organisation politique différente, ce qui distingua les Camerounais britanniques des Camerounais francophones. Le système judiciaire basé sur le common law influença profondément la manière dont les litiges étaient résolus dans le Cameroun britannique.
2- Émergence de mouvements nationalistes
Les inégalités économiques et sociales, ainsi que la dépendance envers le Nigeria, suscitèrent des revendications d’autonmie. La création de partis politiques comme le Kamerun National Congress (KNC) et le Kamerun National Democratic Party (KNDP) témoigna de cette volonté d’autonomie.
Conclusion
La vie des Camerounais sous mandat britannique fut caractérisée par une administration indirecte, une faible exploitation économique et une éducation largement contrôlée par les missions religieuses. Comparée à la partie française, cette région resta en marge des investissements coloniaux, mais elle développa une identité spécifique basée sur l’anglais et le système britannique. Ces éléments marquèrent durablement l’histoire de la région, conduisant à des revendications politiques qui allaient influencer le processus de réunification du Cameroun en 1961.
Avez-vous bien lu ce cours? Répondez aux questions suivantes :
1- Quelle organisation internationale a confié le Cameroun aux Français et aux Britanniques après la Première Guerre mondiale ?
A. L'ONU
B. La Société des Nations
C. L'Union Européenne
D. La Conférence de Berlin
2- Quelle méthode d'administration était utilisée par les Britanniques dans le Cameroun sous mandat ?
A. Administration directe
B. Indirect rule
C. Fédéralisme
D. Autonomie locale
3- Qui jouait le rôle d'intermédiaire entre les populations locales et les Britanniques ?
A. Les missionnaires
B. Les administrateurs coloniaux
C. Les chefs traditionnels
D. Les gouverneurs français
4- Pourquoi certains chefs locaux imposés par les Britanniques étaient-ils impopulaires ?
A. Parce qu’ils ne collectaient pas d’impôts
B. Parce qu’ils étaient souvent corrompus
C. Parce qu’ils refusaient l'autorité britannique
D. Parce qu’ils ne parlaient pas la langue locale
5- Quel était le principal secteur économique dans le Cameroun sous mandat britannique ?
A. L'industrie
B. L'agriculture
C. Le commerce maritime
D. Les mines
6- Quelle était la principale culture agricole dans le Cameroun britannique ?
A. Le coton
B. Le cacao
C. Le café
D. Le manioc
7- Pourquoi de nombreux Camerounais migraient-ils vers le Cameroun français ou le Nigeria ?
A. Pour échapper aux conflits ethniques
B. À cause de la pauvreté et du faible développement économique
C. Parce que les Britanniques les expulsaient
D. Pour rejoindre leurs familles éloignées
8- Qui était principalement responsable de l'éducation dans le Cameroun britannique ?
A. Le gouvernement britannique
B. Les autorités locales
C. Les missionnaires religieux
D. Les écoles françaises
9- Quelle langue était enseignée dans les écoles du Cameroun britannique ?
A. L’allemand
B. Le français
C. L’anglais
D. L'espagnol
10- Où les Camerounais pouvaient-ils poursuivre des études supérieures ?
A. Au Cameroun français
B. En Allemagne
C. Au Nigeria
D. En Angleterre
11- Quel était le principal problème des infrastructures dans le Cameroun britannique ?
A. Une mauvaise construction des ports
B. Un manque de routes et de chemins de fer
C. Une absence de plantations
D. Un accès limité à l’électricité
12- Quelle était la principale source de soins de santé dans le Cameroun britannique ?
A. Les hôpitaux publics financés par le gouvernement britannique
B. Les cliniques privées
C. Les missions religieuses
D. Les médecins locaux
13- Quel système juridique fut appliqué dans le Cameroun britannique ?
A. Le droit coutumier uniquement
B. Le droit français
C. Le common law
D. Le droit islamique
14- Quel parti politique fut créé pour défendre les intérêts des Camerounais britanniques ?
A. Union des populations du Cameroun (UPC)
B. Kamerun National Democratic Party (KNDP)
C. Parti de l’indépendance camerounaise (PIC)
D. Parti pour l’autonomie africaine (PAA)
15- Quelle influence culturelle a marqué le Cameroun britannique ?
A. La culture allemande
B. La culture française
C. La culture britannique
D. La culture portugaise
Réponses aux questions
1- B
2- B
3- C
4- B
5- B
6- B
7- B
8- C
9- C
10- C
11- B
12- C
13- C
14- B
15- C


