Les figures de style et leurs valeurs d'utilisation

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Introduction :
Les figures de style, également appelées figures de rhétorique ou procédés littéraires, sont des techniques utilisées dans le langage pour embellir, renforcer ou donner plus d’expressivité au texte ou à une idée du texte. Les auteurs noirs à travers le monde ont souvent utilisé les figures de style pour exprimer la lutte, la résilience, l'identité, et la beauté de la culture africaine et de ses diasporas. Ces procédés stylistiques ajoutent une force symbolique aux mots et permettent de transmettre des messages profonds et universels.

1- Comparaison
La comparaison rapproche deux éléments à l’aide d’un outil comparatif (comme, tel, pareil à…).
Exemple : La vie est comme un jeu
Valeur d’utilisation :
La comparaison permet de relever le caractère éphémère de la vie, qui peut s'arrêter à tout moment.

2- Métaphore
La métaphore établit une comparaison sans outil comparatif, fusionnant deux éléments pour créer une nouvelle image.
Exemple : Maryse Condé, La Vie sans fard: "L’Afrique est un tambour battant dans mon cœur."
Valeur d’utilisation :
La métaphore sublime les sentiments en unifiant deux réalités. Ici, elle permet à l'auteur d’exprimer la force des liens émotionnels avec l’Afrique, symbolisant l’attachement profond et le rythme intérieur de son identité.

3- Personnification
La personnification attribue des traits ou des actions humaines à des éléments inanimés ou abstraits.
Exemple : Aimé Césaire, Soleil cou coupé : "La mer parle de ses blessures aux hommes qui l’ont ignorée."
Valeur d’utilisation :
La personnification fait ressortir la voix d’éléments souvent ignorés, comme la mer, qui représente ici la nature blessée par l’indifférence humaine. Elle traduit aussi une douleur silencieuse qui appelle à une prise de conscience collective.

4- Allégorie
L’allégorie utilise des images concrètes pour représenter des idées abstraites.
Exemple : Djaïli Amadou Amal, Les Impatientes : "Ma douleur est un grand fleuve, et je suis la barque qui se perd sur ses eaux."
Valeur d’utilisation :
L’allégorie permet d’illustrer la complexité de sentiments comme la souffrance, transformant l'expérience personnelle en un voyage que tout lecteur peut visualiser. Elle fait également appel à une dimension spirituelle, où le fleuve symbolise la continuité et la profondeur de la douleur.

5- Hyperbole
L’hyperbole est une exagération qui amplifie la réalité pour marquer les esprits.
Exemple : Aimé Césaire, Une saison au Congo : "Des océans de larmes et de sang, voilà ce qu’il a laissé derrière lui."
Valeur d’utilisation :
L’hyperbole accentue l’ampleur de la souffrance et de l’injustice, transformant l’indignation en une réalité frappante. Elle sert à mobiliser l’émotion du lecteur face à des douleurs universelles telles que l’oppression et le colonialisme.

6- Gradation
La gradation est une progression d’idées ou d’éléments, souvent par intensité croissante ou décroissante.
Exemple : Camara Laye, L’Enfant noir : "Je rêvais d’être un homme, d’être fort, d’être invincible."
Valeur d’utilisation :
En intensifiant les termes, la gradation exprime des aspirations humaines universelles mais intenses. Ici, elle traduit le désir de puissance et de liberté du personnage, une quête de force qui résonne avec les luttes des peuples opprimés.

7- Anaphore
L’anaphore est la répétition d’un mot ou d’une expression en début de phrase ou de vers.
Exemple : Mayotte Capécia, Je suis Martiniquaise : "Je suis noire, je suis fière, je suis debout."
Valeur d’utilisation :
L’anaphore renforce l’affirmation de soi et ancre des idées puissantes dans la mémoire du lecteur. Dans ce contexte, elle traduit la revendication d’identité et de dignité, soulignant la résistance et l’autonomie face aux préjugés.

8- Antithèse
L’antithèse oppose deux idées contraires pour en accentuer le contraste.
Exemple : Patrick Chamoiseau, Texaco : "Texaco est un enfer, Texaco est un paradis."
Valeur d’utilisation :
En confrontant des visions opposées, l’antithèse traduit la dualité d’un même lieu ou concept. Elle met en relief les contrastes de la condition humaine ou sociale, comme ici, où Texaco devient à la fois symbole de souffrance et d’espoir pour ses habitants.

9- Oxymore
L’oxymore associe deux termes opposés dans une même expression.
Exemple : Mariama Bâ, Une si longue lettre : "Son sourire triste me hante."
Valeur d’utilisation :
L’oxymore révèle la complexité des émotions, en créant une tension poétique. Ici, il montre que le sourire du personnage est marqué de douleur, suggérant une mélancolie plus profonde que le simple bonheur.

10- Chiasme
Le chiasme croise deux expressions ou deux concepts de manière inversée.
Exemple : Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal : "Pour te révolter, il faut aimer ; pour aimer, il faut te révolter."
Valeur d’utilisation :
Le chiasme unit deux concepts de manière indissociable, soulignant leur interdépendance. Césaire démontre ici que l’amour pour sa culture implique la révolte contre les oppressions, et que la révolte trouve sa source dans l’amour.

11- La métonymie
Elle remplace un mot par un autre, qui lui est logiquement lié.
Exemple : Dans Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma, "la case" remplace le foyer ou l’origine : "Il était rentré à la case."
La case représente ici non seulement l’habitat, mais aussi l’identité et le lien à la terre ancestrale.
Exemple 2. Il va demander la main de Kengne (pour signifier qu'il va demander Kengne en mariage). La main de Kengne est utilisée pour qualifier la personne entière de Kengne.

12- La répétition
Elle consiste à reprendre plusieurs fois un mot ou groupe de mots.
Exemple : Dans Peaux noires, masques blancs de Frantz Fanon : "Noir je suis, noir je resterai, noir est mon combat."
La répétition du mot "noir" affirme avec force l’appartenance et la détermination.

13- Le parallélisme
Il utilise des structures syntaxiques similaires.
Exemple : Dans Les Impatientes de Djaïli Amadou Amal : "La vie ici est dure, la vie là-bas est douce ; ici, on souffre, là-bas, on vit."
Le parallélisme met en relief le contraste entre les deux univers de la narratrice.

14- L’euphémisme
 Elle adoucit une réalité douloureuse.
Exemple : Dans Le Monde s'effondre de Chinua Achebe, au lieu de parler de la mort, on évoque "le passage de l’ancêtre" pour honorer ceux qui sont décédés.

15- La litote
Elle dit moins pour suggérer davantage.
Exemple : Dans Texaco, Patrick Chamoiseau : "Ce n’était pas rien, Texaco." (ce qui signifie que Texaco était immense, important)

16- La périphrase
Elle remplace un mot par une expression descriptive.
Exemple : Dans La Rue Cases-Nègres de Joseph Zobel, "le fleuve majestueux" est une périphrase pour désigner le Congo.

17- L'antiphrase
Elle exprime une idée par son contraire de manière ironique.
Exemple : "Quel bienfaiteur !" pour un colon, en dénonçant l'ironie de sa présence comme bienfaitrice.

Conclusion :
Les figures de style ne se limitent pas à l’ornement linguistique, elles servent ici des causes profondes, la mémoire, la fierté, la résistance, et l'identité. À travers elles, les auteurs noirs mettent en lumière les luttes et les beautés de leurs cultures, donnant à leurs textes une résonance universelle.

Avez-vous bien lu le cours ? Trouvez les figures de styles contenues dans les passages suivants et leur valeur d'usage 

1- Extrait de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire : "Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir."

2- Extrait de Texaco de Patrick Chamoiseau : "Les toits des cases brillaient comme des étoiles perdues dans la nuit."

3- Extrait de Peaux noires, masques blancs de Frantz Fanon : "Le Noir est le jouet de l’Occident, comme une marionnette sans fil."

4- Extrait de La Vie sans fard de Maryse Condé : "L’Afrique est un tambour battant dans mon cœur."

5- Extrait de Soleil cou coupé d’Aimé Césaire : "La mer parle de ses blessures aux hommes qui l’ont ignorée."

6- Extrait de L'Appel des arènes d’Aminata Sow Fall : "Le vent souffle des chants tristes dans les arbres."

7- Extrait de Les Impatientes de Djaïli Amadou Amal : "Ma douleur est un grand fleuve, et je suis la barque qui se perd sur ses eaux."

8- Extrait de Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma : "L’indépendance, cette lumière qui brûlait et aveuglait tout un peuple."

9- Extrait de Une saison au Congo d’Aimé Césaire : "Des océans de larmes et de sang, voilà ce qu’il a laissé derrière lui."

10- Extrait de Chants d’ombre de Léopold Sédar Senghor : "J’ai souffert mille morts sous les coups de l’oppresseur."

11- Extrait de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire : "Des chaînes qui serrent, des prisons qui s’effondrent, des rires qui s’éteignent."

12- Extrait de L’Enfant noir de Camara Laye : "Je rêvais d’être un homme, d’être fort, d’être invincible."

13- Extrait de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire : "Et c’est moi qui pleure, et c’est moi qui crie, et c’est moi qui saigne."

14- Extrait de Je suis Martiniquaise de Mayotte Capécia : "Je suis noire, je suis fière, je suis debout."

15- Extrait de Texaco de Patrick Chamoiseau : "Texaco est un enfer, Texaco est un paradis."

16- Extrait de La Rue Cases-Nègres de Joseph Zobel : "Le soleil brille sur notre misère."
Quelle est l’antithèse ici et quel effet produit-elle sur la représentation de la vie quotidienne ?

17- Extrait de Le Vieux Nègre et la Médaille de Ferdinand Oyono : "C’était une joie amère pour lui."

18- Extrait de Une si longue lettre de Mariama Bâ : "Son sourire triste me hante."

19- Extrait de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire : "Pour te révolter, il faut aimer ; pour aimer, il faut te révolter."

20- Extrait de Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma : "La force des faibles, la faiblesse des forts."

Réponses aux Exercices

Exercice 1 :Comparaison entre la bouche de l’auteur et la bouche des malheurs ; évoque le rôle de porte-parole.

Exercice 2 : comparaison. "Les toits brillaient comme des étoiles" ; suggère que les toits illuminent l’obscurité du quartier.

Exercice 3 : métaphore. "Marionnette sans fil" ; symbolise la manipulation et la déshumanisation.

Exercice 4 : métaphore. "L’Afrique est un tambour battant dans mon cœur" ; la relation passionnée et identitaire.

Exercice 5 : personnification. La mer qui "parle de ses blessures" ; elle devient témoin des souffrances humaines.

Exercice 6:  personnification. Le vent souffle "des chants tristes" ; renforce l’ambiance mélancolique.

Exercice 7 : L'allégorie. La douleur comme "un grand fleuve" ; symbolise la profondeur et l’infini de la souffrance.

Exercice 8 : Allégorie. L’indépendance comme "lumière brûlante" ; elle peut être à la fois bénéfique et destructrice.

Exercice 9 :  Hyperbole. "Océans de larmes et de sang" ; intensifie la souffrance évoquée.

Exercice 10 : Hyperbole. "Mille morts" ; exagère pour montrer l’intensité de l’oppression.

Exercice 11 : Gradation. "Des chaînes, des prisons, des rires" ; l’effet dramatique de l'oppression croissante.

Exercice 12 : Gradation. "Être un homme, être fort, être invincible" ; aspiration à devenir plus puissant.

Exercice 13 : Anaphore. "Et c’est moi qui…" ; renforce l’implication personnelle et la douleur.

Exercice 14 : Anaphore. "Je suis…" ; souligne la fierté et l’identité.

Exercice 15 : Antithèse. "Enfer" et "paradis" ; contraste entre deux visions du quartier.

Exercice 16 : Antithèse. "Soleil" et "misère" ; rend l’ironie de la beauté de la nature face à la pauvreté.

Exercice 17 : Oxymore. "Joie amère" ; exprime le paradoxe de ressentir de la fierté dans la douleur.

Exercice 18 : Oxymore. "Sourire triste" ; montre la contradiction des sentiments.

Exercice 19 : Chiasme. "Révolter / aimer" ; montre la relation complexe entre amour et révolte.

Exercice 20 : Chiasme. "Force des faibles / faiblesse des forts" ; souligne l’inversion de la perception de la force.